Proche du coup parfait, Arsenal s’incline face à un Barça d’une autre planète

Supérieur sur l’ensemble des deux rencontres, Barcelone s’est logiquement qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des Champions en battant Arsenal 3-1 au Camp Nou. Non sans frayeurs, dans une rencontre à suspense qui a tenu toutes ses promesses.

Le contexte

Les deux équipes ne se sont pas présentées au complet pour ce huitième de final retour. Côté barcelonais, Puyol (blessé) et Piqué (suspendus) n’étaient ainsi pas alignés. Pour Arsenal, ce sont Walcott et Song qui n’étaient pas du voyage, tous deux blessés. Mais la plus belle affiche des huitièmes n’en était pas pour autant moins séduisante et alléchante. Le scénario du match aller, marqué par une domination barcelonaise puis un renversement de situation complètement fou en faveur d’Arsenal (2-1), laissait augurer un grand match au Camp Nou.

Les tactiques

Privé de sa charnière centrale titulaire, Pep Guardiola a été contraint d’aligner une défense inhabituelle, avec le duo Busquets (habituellement au milieu) et Abidal dans l’axe, et le Brésilien Adriano côté gauche. Le milieu de terrain était lui aussi remanié, Mascherano remplaçant Busquets à la pointe défensive du triangle axial. L’entrejeu barcelonais présentait ainsi un déficit de taille en comparaison de celui de son adversaire, mais qui devait se compenser par plus de technique et de vivacité. Plus avancés, Iniesta et Xavi étaient, comme à l’accoutumée, chargés d’orienter le jeu et de faire circuler le ballon en attendant les brèches. Devant, pas de surprise, avec le trio Pedro-Messi-Villa, le second décrochant énormément pour créer des espaces ou se retrouver face au jeu. Du Barcelone classique sur le plan offensif. L’incertitude portait donc plutôt sur le secteur défensif.

Du côté d’Arsenal, la défense alignée était la même que celle des dernières rencontres, et c’est au milieu de terrain qu’il y avait des changements. La paire Wilshere – Diaby était chargée de la récupération et de la première relance, le premier par ses passes, le second par ses percussions balle au pied. Devant eux, un trio assez axial : Nasri, Fabregas dans l’axe, et Rosicky. Le choix du Tchèque à la place d’Arshavine indiquait la volonté d’Arsène Wenger de tenter bloquer au maximum l’axe, ainsi que de ne pas perdre le ballon trop rapidement. L’absence de Walcott était néanmoins préjudiciable, limitant les possibilités de jeu dans la profondeur pour les Gunners. D’autant que Daniel Alves et Adriano sont des défenseurs latéraux très offensifs, et qu’ils laissent beaucoup d’espaces dans leur dos. Devant, à la surprise générale, c’est Robin Van Persie, annoncé forfait, qui était titulaire. Au contraire du Barça, c’est donc le secteur offensif d’Arsenal qui suscitait les questions, avec notamment celle du rendement d’un Van Persie sûrement encore gêné par sa blessure au genou.

Le résumé

Le football est ainsi fait que le Barça, pourtant largement supérieur à Arsenal sur l’ensemble de la confrontation, n’était qu’à un contrôle réussi de se faire éliminer de la Ligue des Champions. Nous sommes à la 87e minute. En infériorité numérique, Arsenal est mené 3-1, mais un but lui permettrait de se qualifier. L’infatigable Wilshere récupère un ballon dans les pieds d’Adriano, et lance parfaitement Bendtner dans la profondeur, de l’extérieur du gauche. Le géant danois n’a plus que Valdes devant lui. Mais il manque son contrôle, et se fait reprendre par Mascherano. Les Gunners ont laissé passé leur chance.

London Wall

En première période, Arsenal a su contrecarrer les plans barcelonais. Les Gunners évoluaient en bloc très haut, regroupé sur une vingtaine de mètres tant en longueur qu’en largeur, coulissant d’un côté à l’autre. Les attaquants catalans peinaient à créer des brèches, butant sur la défense londonienne. Les lignes resserrées permettaient aux Gunners d’être régulièrement à deux ou trois autour du porteur du ballon, bloquant toute solution vers l’avant. Les hommes d’Arsène Wenger ne parvenaient pas à ressortir, perdant rapidement le ballon, mais ils ne s’affolaient pas, restant bien en place.

Le Barça tentait bien d’occuper au maximum la largeur pour étirer le bloc adverse et créer des espaces dans l’axe. Mais la défense haute d’Arsenal lui posait des problèmes. D’autant que les quelques tentatives de jouer dans la profondeur manquaient de précision. Les duels étaient âpres, les semelles trainaient, envenimant les débats.

Peu à peu, la pression barcelonaise se fit plus intense. Messi multipliait les décrochages et les percussions. Pas vraiment mis à contribuer, Almunia, entrée à la place de Szczesny, blessé au doigt sur un coup franc de Dani Alves (16e), sentait le danger se rapprocher. Bien décalé par Villa dans la surface, Adriano trouvait le poteau dans un angle fermé, première alerte (36e).

Génie argentin

Les esprits s’échauffent, de quoi rendre le Barça encore plus affamé. Sur une rare possibilité de contre, Iniesta décalait Messi côté droit, qui enroulait du gauche, sur Almunia. (45e+2). Deuxième alerte. Les plans d’Arsenal allait alors être sérieusement chamboulé dans la minute suivante. Sur une nouvelle perte de balle rapide d’Arsenal, mais aux vingt-cinq mètres cette fois, Iniesta se lançait dans un numéro de funambule, avant de lancer Messi dans le dos de la défense d’une délicieuse pichenette. Mais pas autant que celle réalisée par le génie argentin pour éviter la sortie d’Almunia, avant de conclure de volée dans le but vide (1-0, 45e+3). Du grand art.

Au retour des vestiaires, la rencontre repartait sur les mêmes bases. Barcelone s’installait dans le camp d’Arsenal, qui ne parvienait pas à ressortir proprement le ballon. Hormis sur une longue course de Nasri sur l’aile gauche. Seul face à trois Catalans, l’international français obtenait un corner, dont il se chargeait. Tête manquée de Busquets. Egalisation (1-1, 53e). Un coup de tonnerre. Arsenal repassait devant. Dans la foulée, Villa, bien lancé par Messi, manquait un premier face à face avec Almunia (54e).

Le scénario allait devenir encore plus fou quand Van Persie, signalé hors-jeu, allait frapper au but malgré le coup de sifflet de M. Busacca. L’arbitre italien n’allait pas avoir la même clémence qu’Howard Webb en finale de la dernière Coupe du monde. Deuxième carton jaune pour le Hollandais, qui abandonnait bêtement ses coéquipiers (56e).

Patience barcelonaise

En supériorité numérique, le Barça ne changea pas sa philosophie de jeu, cherchant patiemment à créer des décalages pour faire la différence dans l’axe. Villa perdait deux nouveaux duels avec Almunia (59e, 67e). Mais la patience barcelonaise allait finir par payer. Dans un nouveau numéro de soliste, Iniesta s’infiltrait dans la défense des Gunners et servait parfaitement Xavi. Le métronome barcelonais ne manquait lui pas la cible (2-1, 69e).

Arsenal était en train de lâcher. Dans la minute suivante, suite à une belle séquence collective barcelonaise, Koscielny crochetait Pedro. Penalty, transformé tranquillement par Messi (3-1, 69e). En position de qualifié, le Barça continuait à attaquer. Mais un grand Almunia le laissait sous la menace d’un but d’Arsenal, qui qualifierait les Anglais. Messi (79e) et Afellay (85e) butèrent ainsi sur le portier espagnol.

Balle de match

Arriva alors cette balle de match pour Bendtner. Après tous les traits de génie de Messi, toutes les séquences collectives limpides du Barça, toute l’intelligence tactique des Gunners aussi, le sort de cette confrontation était entre les pieds du Danois. Manqué.

La meilleure équipe l’a emporté, mais à ne pas s’être mis à l’abri, les Catalans ont bien failli se faire punir. Arsenal est passé proche du coup parfait. Rarement mis en danger avant l’expulsion de Van Persie, les Gunners ont prouvé qu’en réduisant les espaces, en étant discipliné défensivement, en défendant haut, il était possible de neutraliser (au moins un temps) le Barça. Mais à trop défendre, Arsenal n’a pu attaquer, ne frappant pas une seule fois au but. La vitesse de Walcott aurait permis d’exploiter les quelques largesses de la défense barcelonaise, au sein de laquelle seul Abidal, impérial, a maîtrisé son sujet. Cela dit, ce Barça-là évolue vraiment sur une autre planète.

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