Les champions 2011 : FC Barcelone – Possession et mouvement

Vainqueur de la Ligue des Champions et de la Liga, le FC Barcelone a connu une saison 2010-2011 couronnée de succès. Décryptage.

La recette barcelonaise est connue et enviée par beaucoup. Souvent imitée, jamais égalée, elle doit son succès à une politique initiée il y a plusieurs saisons. La philosophie du jeu développé aujourd’hui par les Iniesta, Xavi, Messi, Puyol, Busquets et autres Pedro leur a été inculquée tout au long de leur formation à la Masia. Pep Guardiola, qui s’est inscrit dans la continuité des fondations posées par Frank Rijkaard depuis sa prise de fonction en 2008, est aujourd’hui à la tête d’une véritable machine à gagner. Ce Barça, c’est une certaine idée du football. La preuve que beau jeu et victoire, que romantisme et pragmatisme, ne sont pas obligatoirement antinomiques.

Priver l’adversaire de ballon

Si l’on vante souvent la puissance offensive du FC Barcelone, ses vertus défensives sont trop souvent ignorées. Car le Barça n’a pas seulement terminé deuxième meilleure attaque de la Liga avec 95 buts marqués (2,5 par match de moyenne), derrière les 102 du Real Madrid. Il a aussi (et surtout ?) fini la saison avec la meilleure défense, avec seulement 21 buts encaissés (0,55 par match). Aucune équipe des cinq grands championnats européens n’a fait aussi bien.

Il y a de quoi y voir un paradoxe. Généralement, une équipe offensive qui inscrit beaucoup de buts a tendance à en concéder un certain nombre également. Un fait présenté comme la contrepartie inévitable de la prise de risque. Le Barça échapperait à cette règle. C’est ce qui le différencie des autres grands clubs européens, et en fait certainement, à l’heure actuelle, la meilleure équipe du monde. Le jeu développé par les hommes de Pep Guardiola, l’équilibre trouvé, permettent de concilier allant offensif et solidité défensive.

La clé réside dans la possession du ballon, ainsi que dans l’attitude collective dès sa perte. Le FC Barcelone est peut-être la seule équipe à la défense « offensive ». Se sachant mal à l’aise lorsqu’il s’agit de défendre et subir dans son camp, la faute notamment à un impact physique dans les duels souvent inférieur à celui de ses adversaires, le Barça défend d’abord grâce à sa possession de balle. Avec une moyenne proche de 70% sur l’ensemble de la saison, il a l’habitude de priver ses adversaires de ballon. Les phases de pression longue et intense sur le but de Victor Valdes sont rares, sinon inexistantes. Parce qu’il monopolise le ballon, le Barça garde le contrôle des rencontres.

Placement préventif et pressing agressif

Dominer largement n’implique néanmoins pas de ne jamais être en danger. Après tout, un contre rapidement mené, en quelques passes, n’a pas d’impact sur les statistiques de possession, mais peut permettre de se procurer des occasions. Pour limiter son exposition, le club catalan se montre efficace à deux points de vue. Lorsqu’il est en possession du ballon, d’abord, son organisation vise à limiter les risques. Les latéraux barcelonais évoluent haut, forçant les ailiers adverses à défendre dans leur camp. Le danger est néanmoins que les espaces laissés sur les côtés soient exploités en cas de perte de balle. Pour y parer, le Barça évolue souvent, en réalité, avec une défense à trois en phase offensive, la sentinelle du milieu de terrain (souvent Busquets) décrochant entre les deux défenseurs centraux, qui s’écartent pour donner de la largeur et boucher les couloirs. Le gardien, Victor Valdes, a lui un rôle proche de celui du libéro, sortant loin de son but pour écarter les ouvertures dans la profondeur.

Outre un placement préventif lorsqu’il est en possession du ballon, le Barça se montre également très actif lorsqu’il le perd. Là où une majorité d’équipes cherchent avant tout à placer un maximum de joueurs face au ballon pour évoluer en bloc, les Catalans défendent en avançant. Le pressing est collectif et organisé, et chaque joueur est concerné. Le trio offensif presse ainsi très haut la défense adverse pour en gêner la relance, tandis que les milieux de terrain ne laissent pas d’espaces à leurs adversaires directs, afin là aussi de récupérer le ballon le plus vite et le plus haut possible. Devant une telle pression, les adversaires sont contraints soit de jouer de longs ballons imprécis, soit à l’erreur technique. Cela nécessite pour les Catalans une grande discipline collective, au risque de voir des brèches se créer si un joueur est en retard. Si la débauche d’énergie est grande, elle est contrebalancée par le peu de temps passé à courir après le ballon et à subir. C’est en partie parce qu’il a le ballon 70% du temps que le Barça est capable d’imposer un gros pressing à ses adversaires pendant toute une rencontre.

Même le Real Madrid, lors de la saga des quatre clasicos consécutifs (du 16 avril au 5 mai), n’a pas réussi à réellement mettre en danger le Barça autrement que sur quelques contres ou coups de pied arrêtés. Lesquels sont d’ailleurs le véritable point faible des Barcelonais, qui manquent de taille. C’est la contrepartie à la vivacité et aux petits gabarits que leur jeu favorise. Seuls le gardien Valdes, Abidal, Piqué, Busquets et Keita font ainsi plus d’1m80 parmi les joueurs régulièrement alignés. Une caractéristique qui détonne alors que le football moderne a fait depuis quelques années une place croissante aux grands gabarits.

Intelligence collective et talent individuel

Parce qu’il a des gages de solidité défensive grâce à son organisation, le Barça peut combiner plus librement offensivement. On l’a évoqué, la possession de balle est la base du jeu d’attaque catalan, avec une succession de passes courtes. Elle est permise par plusieurs facteurs. Le système de jeu, tout d’abord. Le 4-3-3 mis en place par Guardiola, avec un Messi en pointe qui décroche énormément au milieu de terrain, favorise la proximité entre les joueurs. Les solutions de passes sont multiples, cette formation permettant des relations triangulaires. Mais le 4-3-3 barcelonais, parce qu’il est fluide, avec de nombreux décrochages, permet aussi d’optimiser l’utilisation de toute la largeur du terrain pour étirer la défense adverse. C’est là le rôle des arrières latéraux et des ailiers, qui rasent les lignes de touche.

L’intelligence tactique, ensuite. Car le système n’est rien en tant que tel. Tout dépend du style qu’on lui imprime et de la manière dont les joueurs l’animent. La philosophie et la culture de jeu développées depuis plusieurs années à la Masia en optimisent le rendement en inculquant aux joueurs la science du jeu dans l’espace, du déplacement par rapport au partenaire et à l’adversaire. Le jeu du Barça est fait de mouvements perpétuels, d’appels, de démarquages. Qui ne visent pas uniquement à offrir une solution de passe au porteur du ballon, mais aussi à lui ouvrir un espace en attirant un défenseur. Les décrochages de Messi sont par exemple exploités par Villa ou Pedro par des courses en diagonale dans l’espace libéré. Cette efficacité dans la création et l’exploitation des espaces est la preuve d’une grande intelligence collective, construite avec le temps. Le fait que les dépositaires du jeu barcelonais soient tous issus de la Masia n’est pas anodin. Ce sont eux, les Xavi, Iniesta, Messi, les chefs d’orchestre du jeu du Barça. Ils sont l’incarnation de cette philosophie de jeu.

Mais face à une équipe regroupée, intelligente défensivement et bien en place, cette possession de balle devient parfois stérile. À plusieurs reprises cette saison, le Barça a peiné à trouver des solutions, faisant tourner le ballon d’une aile à l’autre avant les trente derniers mètres, butant sur un mur. Devient alors « utile » l’autre caractéristique du FC Barcelone : le talent de ses individualités. Celles-ci font certes briller le collectif par leur qualité de passe, leur intelligence tactique, leur aisance technique. Mais elles sont aussi capables sur un dribble, une frappe, de débloquer une situation.

En premier lieu Lionel Messi, bien sûr. Le double Ballon d’Or, lutin insaisissable, a gagné des matchs à lui tout seul. Il a bien assimilé son repositionnement dans l’axe, qui a contribué à modifier son jeu. Auparavant aligné sur l’aile droite, ses courses en diagonale vers l’axe lui permettaient de se retrouver sur son pied gauche pour conclure. Désormais au centre du jeu, il dicte le tempo. Par ses décrochages, il offre de plus une supériorité numérique au Barça dans l’axe du milieu de terrain. Et pose un véritable casse-tête aux défenses adverses : si le défenseur au marquage suit Messi dans ses décrochages, il libère un espace dans son dos, exploité par un appel diagonal de Villa ou Pedro ; s’il reste en position, le risque est de voir Messi arriver lancé une fois le milieu de terrain éliminé. Dans le premier cas, un décalage peut être créé par le Barça au milieu de terrain ; dans le second, Messi est pratiquement inarrêtable. Avec 31 buts inscrits en Liga et 12 en Ligue des Champions, le génie argentin a réalisé une saison exceptionnelle.

Mais si la menace individuelle ne venait que de Messi, il serait presque aisé de la neutraliser. Villa (18 buts en Liga, 4 en Ligue des Champions) et Pedro (13 en Liga, 5 en Ligue des Champions) complètent efficacement le trio offensif. Leurs courses vers l’axe compliquent la tâche de défenseurs latéraux jamais à l’aise lorsqu’il s’agit de défendre vers l’intérieur. Derrière ces trois attaquants, Iniesta et Xavi s’illustrent par leur qualité de passe, étant capables, en une ouverture, de déstabiliser une défense. Par leur protection de balle, facilitée par une capacité à réaliser le bon contrôle orienté, ils se préservent du pressing adverse. Et c’est d’ailleurs par cette conservation du ballon que le Barça parvient à user ses adversaires, fatigués de courir incessamment après un ballon dont ils n’ont que rarement la maîtrise. Le pressing s’essouffle, des brèches se créent…

Nécessaire fraîcheur

Mais ce style de jeu implique néanmoins des joueurs en pleine possession de leurs moyens physiques. Il est arrivé plusieurs fois cette saison où les Iniesta, Messi et consorts manquaient de leur fraîcheur et de leur explosivité habituelles. La faute à un effectif finalement assez léger quantitativement parlant, notamment dans le secteur offensif. Pep Guardiola n’a ainsi que peu fait tourner cette saison, d’où des matchs sans lorsque la fatigue se faisait sentir. Et quand, dans de telles situations, certaines équipes font la différence sur coups de pied arrêté, le Barça est loin d’être l’équipe la plus dangereuse dans ce domaine, préférant par exemple souvent jouer ses corners à deux.

Outre ce manque de fraîcheur physique, le Real Madrid a montré, certes sans parvenir à tenir la distance, qu’il était possible de bousculer le Barça en lui imposant un gros défi physique. Lors des quatres clasicos, José Mourinho et ses hommes ont tenté de prendre les Catalans à leur propre jeu du pressing tout terrain, en y ajoutant de l’impact dans les duels, souvent à la limite de la régularité. Cela a donné parfois une parodie de football, une succession de mauvais gestes. Reste que lorsque cette pression baissait en intensité, le Barça reprenait sa domination sans partage.

Continuité et longueur d’avance

C’est là, au final, la grande force du FC Barcelone. Être capable d’imposer son style de jeu quel que soit l’adversaire, qu’il soit Almeria, Arsenal, le Panathinaikos, le Real Madrid ou Manchester United. Les solutions pour contrer le jeu barcelonais (défense haute et compacte d’Arsenal, impact physique du Real Madrid…) ont toutes plus ou moins échoué. Parce qu’il a une multitude de possibilités de faire la différence et les maîtrise toutes à la perfection, soit collectivement, soit individuellement, soit par une succession de passes courtes et rapides, soit par des ouvertures dans le dos de la défense adverse, soit par des dribbles, le Barça reste imprévisible.

Le recrutement estival, pas encore réellement lancé, devrait viser à la continuité dans le style de jeu. Alexis Sanchez (Udinese), Giuseppe Rossi (Villarreal) ou Juan Mata (Valence), évoqués en Catalogne, sont des joueurs qui s’inscrivent parfaitement dans le projet barcelonais. Reste à savoir si, après le replacement de Messi dans l’axe dans un poste de neuf et demi qui lui sied à merveille, Pep Guardiola saura à nouveau adopter le petit changement qui lui permettra de conserver une longueur d’avance sur la concurrence.

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