Rétro 1973, Ajax 4-0 Bayern Munich – L’Ajax vers un troisième sacre européen

Le 7 mars 1973, l’Ajax battait le Bayern Munich (4-0) en quart de finale aller de la Coupe d’Europe des clubs champions, à l’Olympic Stadium d’Amsterdam.

Le contexte

En 1973, alors que le FC Nantes est en route vers un troisième titre de champion de France de son histoire, l’Europe est dominée par une bande de jeunes Hollandais géniaux et précurseurs. L’Ajax Amsterdam de Cruyff, Keizer et Neeskens a remporté les deux dernières éditions de la C1, et fait figure de favori pour enchaîner un troisième succès consécutif. Un exploit seulement réussi jusque-là par le Real Madrid (cinq victoires de 1956 à 1960). Après une croissance rapide dans les années 60 sous la direction de Rinus Michels, l’Ajax, désormais entraînée par le Roumain Stefan Kovacs, est l’équipe à battre.

Alors que naissent cette année-là Roberto Carlos, Marco Materazzi ou Ryan Giggs, le Bayern Munich est de son côté l’équipe qui monte sur le continent. Enfin championne d’Allemagne pour la troisième fois de son histoire en 1972, la formation d’Udo Lattek veut concrétiser son ascension par un sacre européen. Les Munichois formaient d’ailleurs la moitié de l’équipe ouest-allemande championne d’Europe en 1972 face à l’URSS (3-0), ce qui a mené Beckenbauer au Ballon d’Or, à la suite de… Johan Cruyff.

Cette confrontation est une véritable finale avant la lettre, disputée en deux manches. Beckenbauer et ses coéquipiers ont sorti tranquillement les Turcs de Galatasaray (7-1 sur les deux rencontres) et les Chypriotes de l’Omonia Nicosie (13-0) pour arriver en quarts, tandis que l’Ajax n’a eu qu’à éliminer les Bulgares du CSKA Sofia (1-6). Une grosse bataille tactique est attendue. La principale question étant de savoir comment le Bayern va tenter de stopper Cruyff. En match de pré-saison, l’Ajax avait écrasé les Munichois 5-0, avec Schwarzenbeck au marquage du « Hollandais volant ». Qui s’y collera cette fois ?

Les compos

Dans le 4-3-3 mis en place par Stefan Kovacs, Cruyff est aligné au centre du trio d’attaque. Rep à droite et Keizer à gauche sont chargés de percuter sur les ailes. Au milieu, le trio Neeskes – Haan – Muhren, porté vers l’offensive. En défense, autour du solide Schilcher et de l’intelligent Blankenburg, Krol à gauche et Suurbier à droite. Dans les buts, Heinz Stuy.

Côté Bayern, Udo Lattek a également opté pour un 4-3-3. Müller, incertain, est titularisé en pointe, tandis que Durnberger et Hoffmann occupent les couloirs. Trois joueurs au profil assez travailleur dans l’entrejeu, avec Breitner, Zobel et Hoeness. En défense, menée par le libéro Beckenbauer, Hansen occupe le couloir gauche, et Schwarzenbeck l’axe. Roth a lui pour charge de marquer Cruyff.

Football total et recherche d’espace

Dès l’entame de la rencontre, l’Ajax prend la direction des opérations. Le Bayern, défendant très bas dans ses trente mètres, laisse volontairement le ballon à son adversaire pour l’aspirer. Cela laisse toutefois beaucoup de libertés aux Hollandais dans la relance. Celle-ci est le plus souvent prise en charge par Blankenburg, qui peut remonter jusqu’à la ligne médiane balle au pied sans être pressé. Se déclenchent alors les offensives ajacides.

Un relai est cherché dans l’axe, qui joue dans la profondeur ou sur les ailes pour aboutir sur un centre. Krol est très offensif dans le couloir gauche, profitant de l’espace créé par un Keizer plus axial devant lui. La recherche d’espace concerne chaque joueur, défenseurs compris. Le stoppeur Schilcher vient ainsi en soutien de ses milieux de terrain pour leur permettre de joueur plus haut, même si ses limites techniques se ressentent dans la construction. Les permutations sont nombreuses pour perturber le marquage individuel adverse. Le tout en préservant l’équilibre de l’ensemble, preuve d’une véritable intelligence collective. Le fameux « football total » repose sur cette « liberté organisée » de mouvements.

Tous les joueurs se projetant dans le camp adverse, le porteur de balle hollandais dispose systématiquement de plusieurs solutions. Cruyff décroche régulièrement pour lancer lui-même les offensives. Le football total implique que le « Prince d’Amsterdam » soit parfois le joueur le plus bas sur le terrain. L’attaquant reste d’ailleurs en retrait à l’entrée de la surface lorsque ses milieux s’y projettent sur les centres, à la récupération des deuxièmes ballons.

Ce jeu peut se mettre en place car l’Ajax domine outrageusement, territorialement comme en terme de possession. Dès la perte du ballon, un gros pressing des attaquants gêne la relance allemande. Le Bayern, trop bas, peine à ressortir les ballons. Lorsqu’il y parvient, l’Ajax se replie, mais les erreurs techniques bavaroises facilitent son travail défensif. Les Hollandais sont installés dans le camp
allemand.

Rep virevoltant

Mais cette domination est stérile en première période. La faute à la difficulté qu’ont les Ajacides à prendre en défaut la défense regroupée du Bayern. Sans espaces pour jouer dans la profondeur ou faire la différence individuellement et entrer dans la surface balle au pied, ils sont contraints soit de passer sur les côtés, soit de jouer de longs ballons imprécis. Rep à droite et Krol à gauche font souvent la différence, mais leurs centres ne trouvent pas preneurs face aux grands défenseurs allemands. Marqué de près par Roth, Cruyff n’est pas trouvé dans le sens du but.

Le Bayern est lui un peu plus dangereux en contre, mais de manière très sporadique, les rares fois où il parvient à lancer Hoffmann ou Durnberger sur les ailes. Beckenbauer, d’habitude prompt à apporter offensivement, reste prudent, hormis sur un coup franc rapidement joué suite auquel il élimine deux adversaires à l’entrée de la surface, avant de frapper à côté (12e). Comme pour l’Ajax, la dernière passe fait défaut aux Bavarois pour parvenir à inquiéter Stuy. Ce n’est pas la discrétion d’un Müller boitillant qui arrange les choses.

La pression s’accentue sur le but de Maier après la demi-heure de jeu, l’Ajax privilégiant alors nettement le jeu sur les côtés aux longs ballons dans la surface. Côté droit, Rep élimine Hoeness et centre, Schwarzenbeck repousse de justesse de la tête, Neeskens remet pour Keizer, dont la tête passe au dessus (32e). Dans la minute suivante, Stuy trouve Cruyff dans le rond central d’un long dégagement, lequel profite d’une défense allemande plus haute qu’à l’accoutumée pour lancer Rep dans la profondeur. La volée de l’ailier passe au dessus (33e).

Haan, décalé par un Cruyff plus bas pour s’extirper de la défense, s’essaie ensuite de loin (36e). Virevoltant, Rep centre à nouveau devant le but, Maier se troue mais Roth dégage sur la ligne (38e). Le Bayern souffre. Après un une-deux avec Cruyff aux abords de la surface, Krol contrôle de la poitrine et reprend de demi-volée, Maier dévie de justesse sur son poteau gauche (43e). À la pause, le Bayern s’en sort bien.

Udo Lattek procède à une petite réorganisation défensive à la mi-temps. Le stoppeur Schwarzenbeck est décalé côté droit pour marquer Keizer, l’axe revenant à Beckenbauer et Roth, toujours en marquage individuel sur Cruyff. Ce qui contribue à déséquilibrer quelque peu la défense munichoise, avec un arrière droit pas vraiment à l’aise à ce poste et une perte de taille dans l’axe. D’entrée, un long dégagement de Stuy trouve la vitesse de Rep dans la profondeur, qui crochète Beckenbauer avant de buter sur Maier en ange fermé (46e). Le ton est donné.

Le Bayern sans réaction

L’Ajax continue de s’exposer, et le Bayern semble enfin décidé à pleinement exploiter ces espaces en contre. Beckenbauer participe plus au jeu offensif, Hoffmann et Durnberger sont plus souvent trouvés. Un centre du second est remis par Zobel, mais Hoffmann manque sa reprise dans les six mètres, au dessus (50e).

Si le côté gauche ajacide est assez libre de ses mouvements, le côté droit est plus classique, Suurbier et Rep restant en position. En deuxième période, c’est ce couloir qui est privilégié, l’ailier prenant clairement le dessus sur Hansen. L’un de ses centres est difficilement dégagé, en plusieurs temps, par la défense munichoise. Schilcher récupère et frappe aux vingt mètres. Maier, gêné par le rebond, manque sa prise de balle, Haan reprend et ouvre le score (1-0, 53e). La concrétisation logique de la pression hollandaise, illustrée par un stoppeur prenant sa chance à l’entrée de la surface.

À trop subir, le Bayern s’est mis en danger. Après l’ouverture du score, on aurait pu s’attendre à une réaction allemande, à un bloc plus haut pour enfin presser les Ajacides. Il n’en est rien. Si un centre dévié d’Hoffmann met Stuy à contribution (55e), la rencontre est à sens unique. La défense haute de l’Ajax prend les attaquants allemands au piège du hors-jeu, et Blankenburg coupe intelligemment les transmissions, profitant de l’imprécision du jeu bavarois vers l’avant.

Les occasions sont rares, mais les hommes de Stefan Kovacs ont la mainmise sur le match, avec une possession de balle toujours aussi élevée grâce à une disponibilité de chaque joueurs pour la circulation du ballon. Et sur un centre de Neeskens côté droit repoussé, Muhren, d’une superbe reprise de volée en pleine lucarne, double la mise (2-0, 68e). Dans la foulée, un corner de Cruyff est coupé au premier poteau par Haan, qui devance la sortie d’un Maier décidément fébrile (3-0, 70e). Le Bayern est assommé et sans réaction.

La fatigue rend le marquage individuel bavarois plus lâche, offrant plus de libertés aux attaquants adverses. L’Ajax a toujours autant de loisir pour organiser son jeu, les Allemands ne pressant pas avant les cinq dernières minutes. Mais le Bayern, en s’exposant, laisse des espaces en contre. Lancé côté gauche, Cruyff joue en retrait pour Haan, Maier se couche (85e). Le capitaine ajacide parachève finalement la victoire des siens d’une belle tête sur un centre de Krul (4-0, 89e).

Fin de cycle pour l’Ajax, le Bayern successeur

Il n’y a pas eu de match, la faute à la grande frilosité de Bavarois qui ont trop subi. Face à des attaquants de la qualité de Rep, Cruyff et Keizer, une brèche finit toujours par se créer. Un Gerd Müller en forme aurait peut-être pu donner plus de poids aux contres allemands. L’attaquant international souffrait en effet d’une fissure du péroné, comme le montra une radio réalisée quelques jours plus tard. Il y avait un monde au niveau technique, mais aussi tactique, entre les deux équipes.

L’Ajax a frappé fort, s’affirmant en véritable patron en Europe. Un succès qui lui ouvre la voie d’un troisième sacre européen consécutif, malgré la victoire du Bayern (2-1) au retour. En demi-finale, le Real Madrid ne fait pas le poids (3-1 sur les deux matchs). Cruyff et consorts sont sacrés à Belgrade par une courte victoire 1-0 sur la Juventus, grâce à un but rapide de Rep.

L’année 1973 marque toutefois la fin d’un cycle pour le club hollandais : Cruyff cède aux lucratives sirènes du FC Barcelone, où il retrouve son mentor Rinus Michels, et Stefan Kovacs quitte lui aussi le club. Sans son génie, mais aussi sans Swart, Keizer ou Haan, tous partis, l’Ajax décline, étant même sorti dès le 2e tour de l’édition suivante de la C1 par… le CSKA Sofia. Ce qui laisse la voie libre au Bayern Munich, qui entame sa domination continentale. Les Bavarois remporteront trois C1 consécutives.

L’année 1973

- Les Champions :
France : Nantes
Italie : Juventus
Espagne : Atletico Madrid
Angleterre : Liverpool
Allemagne : Bayern Munich

- Coupes d’Europe :
C1 : Ajax Amsterdam 1-0 Juventus
C2 : Milan AC 1-0 Leeds
C3 : Liverpool 3-2 Moenchengladbach

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