Le 4-3-2-1 d’Ancelotti, mode d’emploi

Présentation du fonctionnement et des problématiques liées au 4-3-2-1 que Carlo Ancelotti souhaite mettre en place au PSG.

Comme en 2006-2007 au Milan AC, lorsqu’il mena le club rossonero au sacre en Ligue des Champions, Carlo Ancelotti semble s’orienter vers une formation en 4-3-2-1, dite « en sapin de Noël », au PSG. Analyse.

Formations du Milan lors de la saison 2006-2007 et du PSG 2012 avec l'effectif au 1er janvier.

Défensivement

Sur le papier, le 4-3-2-1 est une formation très axiale. Ce qui peut permettre une organisation défensive efficace, qui nécessite un bloc dense et compact pour réduire l’espace de jeu et fermer les espaces. Les trois milieux axiaux assurent une bonne assise défensive, avec généralement un à deux joueurs au profil de récupérateur. À Milan, c’étaient Ambrosini et Gattuso. À Paris, Ancelotti aurait pour le moment le choix entre Sissoko, Matuidi ou Chantôme. Au côté de ces deux milieux travailleurs, Ancelotti aime à confier la position la plus axiale à une rampe de lancement, comme Pirlo l’était dans le club lombard. Bodmer a occupé ce poste lors du premier match amical du technicien italien à la tête du PSG, face… au Milan (défaite 1-0). On verra plus loin l’importance de ce joueur en phase offensive.

Deux facteurs sont importants pour l’imperméabilité défensive d’un tel système. D’abord, le pressing exercé par les trois joueurs offensifs pour gêner la relance adverse. Avec trois offensifs axiaux, les relais adverses au milieu de terrain ne doivent pas avoir d’espace pour évoluer et faire le lien avec leurs attaquants. La disposition des cinq joueurs de l’entrejeu doit être complémentaire, avec une couverture des intervalles pour couper les lignes de passe. Cela doit faciliter une récupération haute du ballon, pour enchaîner rapidement vers l’avant.

L’autre facteur clé est la faculté du trio du milieu de terrain à coulisser dans la largeur pour fermer les couloirs, en l’absence d’ailier. Pour ne pas laisser son défenseur latéral livré à lui-même, le milieu central le plus excentré se charge de l’arrière adverse s’il monte. Les deux autres coulissent pour fermer les espaces et enfermer l’adversaire sur le côté, et les rôles s’inversent en cas de renversement de jeu. La distance entre les trois milieux de terrain axiaux doit rester faible pour éviter les décalages dans l’axe. Le risque d’être mis hors de position existe toutefois face à une équipe capable de changer rapidement de côté et dotée de latéraux très offensifs. Un 4-3-2-1 implique donc des arrières latéraux solides défensivement pour ne pas prendre l’eau en cas d’infériorité numérique.

Offensivement

Les défenseurs latéraux sont des joueurs clés de ce système. Outre leur importance défensive, ils sont aussi les garants de l’apport de largeur en phase offensive. Pour éviter l’embouteillage dans l’axe en attaque, ils doivent se projeter rapidement vers l’avant dans leur couloir et offrir une solution de débordement. Les défenseurs latéraux permettent donc d’écarter les défenses, pouvant faire la différence par eux-mêmes sur leur côté ou libérant de l’espace dans l’axe pour les deux créateurs. Resserré en phase défensive, le trio axial s’ouvre quant à lui pour aérer le jeu. Pouvoir compter sur des joueurs à l’aise dans un couloir est un plus. C’est dans cette idée qu’Ancelotti a titularisé Jallet, habituel latéral ou ailier droit, comme milieu central droit face au Milan.

La supériorité numérique assurée dans l’entrejeu, avec cinq joueurs axiaux, doit garantir une bonne possession du ballon. Le porteur de balle dispose de plusieurs solutions de jeu court. De nombreuses relations triangulaires peuvent se mettre en place pour jouer dans les intervalles ou imposer une supériorité numérique dans une zone du terrain. Le 4-2-3-1 permet en outre une présence offensive dès la récupération du ballon, avec deux solutions dans l’axe, moins bloqué lorsque l’adversaire se déploie en attaque. Le 4-3-2-1 sied donc bien aux contres et aux attaques rapides.

C’est le milieu central qui fait office de première rampe de lancement, cherchant les deux milieux offensifs ou exploitant les montées des latéraux. Un joueur technique, doté d’une bonne vision du jeu et d’une grande qualité de passe est nécessaire. Pirlo était parfait dans ce rôle de meneur de jeu reculé. Bodmer pourrait être un recours à Paris, s’il épure son jeu de passes.

Avec deux joueurs en soutien, l’attaquant de pointe n’est de son côté pas isolé, mais dispose d’appuis pour jouer dos au but ou pour l’alimenter en ballons. À condition bien entendu que les milieux offensifs soient disposés à prendre en compte les appels de leur coéquipier…

En attaque placée, la question se pose quant à la manière de prendre en défaut un bloc défensif compact. On l’a vu, l’apport des latéraux peut permettre d’écarter une défense. Mais face à un système défensif de zone bien organisé, un seul joueur de couloir ne crée pas de décalage autrement que par une supériorité individuelle sur son adversaire direct, à condition que ce dernier soit seul, ou par le dézonage d’un coéquipier. Les deux milieux offensifs doivent de leur côté veiller à ne pas se marcher sur les pieds et à varier leurs appels pour perturber les récupérateurs adverses.

Tout dépend en réalité de l’organisation de l’adversaire. Un 4-2-3-1 se calquerait idéalement sur le 4-3-2-1 en phase défensive, avec deux récupérateurs en charge des milieux offensifs et des ailiers recentrés pour égaler les trois milieux axiaux. La différence ne se ferait plus tactiquement, mais dans d’autres domaines (collectif et/ou individuel, technique, physique et/ou mental, dépassements de fonction).

Quant au 4-3-3, tout dépend de l’état d’esprit de l’équipe qui l’applique. Un 4-3-3 à la lilloise, par exemple, serait en difficulté dans l’axe du milieu de terrain, avec un seul récupérateur pour deux milieux offensifs adverses, et serait contraint de jouer en attaques rapides, mais aurait des boulevards dans les couloirs.

S’il est en réalité un 4-1-4-1 en phase défensive pour mettre en place un bloc dense et compact prévu pour subir, avec une sentinelle en retrait de deux milieux axiaux en charge des milieux offensifs, la création d’espaces risque d’être compliquée. La possession de balle serait assurée, avec une grande liberté pour le trio de l’entrejeu, notamment pour le meneur de jeu reculé, mais les joueurs offensifs seraient neutralisés. Il importerait alors que les deux joueurs excentrés du trio de l’entrejeu apportent offensivement pour créer une supériorité numérique et des décalages.

A gauche, le 4-2-3-1 peut neutraliser le 4-3-2-1 en marquage individuel. Les défenseurs latéraux jaunes disposent d'espace, que tentent de combler les latéraux bleus en montant. Les décalages se créent par les projections offensives. A droite, le 4-3-3 est en déséquilibre au milieu de terrain face au 4-3-2-1, risquant de ne pouvoir exploiter sa supériorité numérique sur les ailes faute d'une maîtrise du milieu de terrain suffisante. Le meneur de jeu reculé du 4-3-2-1 dispose de beaucoup de liberté pour dicter le tempo.

Un collectif à construire

Reste à savoir maintenant comment les joueurs du PSG vont s’approprier ce système, et comment Carlo Ancelotti va l’adapter à un effectif bien différent de celui dont il disposait au Milan. Le recrutement devrait être orienté vers des joueurs qui cadrent avec ce schéma. Si les joueurs visés acceptent de rejoindre le club de la capitale… Un latéral gauche est en tout cas nécessaire, Tiéné ayant trop de lacunes défensives pour s’imposer dans un 4-3-2-1.

Autre problème, si ce système est véritablement celui adopté par Carlo Ancelotti (des alternatives ne sont pas à exclure), cela implique de laisser sur le banc Nenê ou Ménez, Pastore paraissant difficilement détrônable en dépit de performances très moyennes. Le joueur sacrifié l’acceptera-t-il ? Difficile à imaginer quand on connaît le caractère des deux concernés…

Quel que soit le système, Carlo Ancelotti devra avant tout s’atteler à construire un collectif à partir de la somme d’individualités qu’est pour l’instant le PSG. C’est le plus grand défi du technicien italien, surtout si le recrutement d’envergure annoncé a bien lieu. S’il parvient à créer une osmose et une cohésion de groupe, Paris sera difficile à aller chercher dans la course au titre de champion de France.