FIFA Ballon d’Or 2011 – Le vote des journalistes

Lionel Messi a été sacré 56e Ballon d’Or de la FIFA, son troisième trophée consécutif. Dernier volet du dossier : retour sur le vote des journalistes.

Pour qui ont respectivement voté les journalistes africains, américains, asiatiques, européens et océaniens ? Le trio final a-t-il été plébiscité par tous ces électeurs ? Ce vote se différencie-t-il de celui des autres collèges ? Quelles analyses peut-on tirer du vote des journalistes ? Suite et fin de notre dossier statistique consacré à l’élection du FIFA Ballon d’Or 2011.

Le vote des journalistes

Plus encore que dans les autres collèges d’électeurs, Lionel Messi a fait consensus chez les journalistes, recueillant plus de 50% des suffrages. Après Ronaldo (2e, 22,08%) et Xavi (3e, 8,56%), personne ne dépasse les 5%. Le vote des journalistes a fait la part belle aux attaquants, avec sept joueurs parmi les dix premiers. Signe d’une focalisation excessive des médias sur les joueurs offensifs ? A l’heure où l’on ne juge plus la qualité d’un match que par le nombre de buts inscrits, le déséquilibre se creuse entre la reconnaissance accordée aux attaquants et celle des autres joueurs. A l’heure des retransmissions mondialisées, où une rencontre peut être regardée aux quatre coins du globe, difficile d’échapper à cette tendance médiatique. On peut regretter que les journalistes, qui se présentent souvent comme des experts du football, s’inscrivent dans cette tendance d’uniformisation des perceptions. Il est vrai qu’ils en sont, pour beaucoup, les précurseurs.

Les Africains

Les quarante-quatre journalistes africains n’ont eu d’yeux que pour deux joueurs en 2011 : Messi et Ronaldo. Pour le reste, personne au dessus de 5%. Samuel Eto’o, bien classé chez les capitaines et sélectionneurs africains, ne sort ici pas du lot. La préférence continentale s’exercerait-elle moins chez les journalistes ? Pas forcément, on le verra un peu plus loin. Comme dans le classement final, sept attaquants figurent dans le top 10, avec notamment un Benzema surprenant 10e.

Les Américains

Si Messi a paradoxalement été moins plébiscité que sur les autres continents, puisqu’il n’atteint pas ici les 50%, la raison est simple : la « préférence continentale » a divisé le vote américain, Suárez (4e), Forlán (6e) et Neymar (7e) grappillant sur le total de l’Argentin. Le vote des vingt-huit journalistes américains sollicités ne s’est par ailleurs réparti qu’entre neuf joueurs (dont sept attaquants), parmi lesquels quatre barcelonais.  Un vote concentré, donc, mais moins déséquilibré qu’ailleurs entre les nommés.

Les Asiatiques

Les vingt-cinq journalistes asiatiques ont voté pour dix joueurs, mais Messi et Ronaldo totalisent à eux deux 76,98%. Autant dire que les huit autres n’ont récolté que les miettes. Une nouvelle fois, les attaquants sont largement majoritaires, avec sept représentants parmi les dix joueurs cités. Rooney est même à quelques voix de devancer Xavi sur le podium. Casillas, bien classé dans les votes des capitaines et des sélectionneurs asiatiques, n’a ici pas été cité.

Les Européens

Ils sont trois à sortir du lot dans le vote européen, Xavi bénéficiant d’une aura croissante dans les médias du Vieux Continent. Ceux-ci sont en effet de plus en plus enclins à mettre en avant son influence dans le jeu du Barça et de la sélection espagnole. Il reste toutefois un joueur « trop » collectif pour une telle élection. Si le collège des journalistes européens était le plus nombreux (cinquante et un), son vote s’est concentré sur trois joueurs, Messi, Ronaldo et Xavi (88,23% à eux trois). Neymar est ici particulièrement bien classé. La question reste de savoir si les journalistes l’ont nommé pour ses Best Of sur YouTube ou s’ils ont réellement assisté à plusieurs de ses matchs en intégralité. Les Madrilènes Xabi Alonso et Özil récoltent quant à eux leurs seules voix chez les journalistes, marque de la prégnance des duels entre le Barça et le Real en Europe.

Les Océaniens

Avec seulement quatre journalistes s’exprimant, difficile de tirer des conclusions du vote océanien. On notera malgré tout que la proportion de suffrages recueillis par Messi reste la même, Ronlaldo est ici aussi son dauphin. Hormis Ronaldo, les quatre Océaniens n’ont voté que pour des Barcelonais.

Conclusion

Le vote des cent cinquante et un journalistes ne se différencie pas de manière marquée par rapport à celui des autres collèges d’électeur. Le trio final, Messi – Ronaldo – Xavi, a suscité une adhésion intercontinentale et inter-collèges. Mérité, mais dans des proportions certainement excessives. On l’a dit dans les articles précédents, un rééquilibrage est nécessaire. Et l’impulsion doit venir des médias. A survendre les innombrables chocs entre géants du football européens, devenus banals à l’image des trop récurrents clasicos entre le Real et le Barça en Espagne, ils mettent un voile sur des équipes et des joueurs qui mériteraient tout autant d’être mis en avant. Le prisme médiatique réduit souvent une équipe, un match à quelques individualités. Paradoxal à l’heure où l’équipe dominante sur la scène mondiale consacre la puissance du collectif, certes servi par des individualités de grand talent. Il est temps d’aller à l’encontre de l’uniformisation médiatique du football, tant dans les championnats mis en avant (Premier League notamment, presque plus visible en France que la Ligue 1) que dans la manière de les montrer. Car le risque de lassitude est certain.

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