FIFA Ballon d’Or 2011 – L’élection en chiffres

Lionel Messi a été sacré 56e Ballon d’Or de la FIFA, son troisième trophée consécutif. Retour sur l’élection en chiffres.

Quelle était la répartition des nominés en terme de nationalités ? Quel continent était le plus représenté ? Quel club ? Comment se sont répartis les votes dans ces trois secteurs ? Quel club a reçu le plus de votes ? Quelle nationalité ? Premier volet de notre dossier statistique consacré à l’élection du Ballon d’Or 2011*.

Le classement final

Il n’y a pas eu photo. Auteur d’une saison exceptionnelle avec le FC Barcelone, et malgré une Copa America décevante avec l’Argentine, la Pulga a été largement plébiscité, avec près de 50% des voix. Cristiano Ronaldo suit à bonne distance. Il lui manque encore un titre majeur avec le Real Madrid et des prestations décisives lors des gros matchs. Viennent ensuite Xavi et Iniesta, les deux chefs d’orchestre du milieu de terrain barcelonais. Il leur faudra sûrement enchaîner les grosses performances avec le Barça mais aussi l’Espagne à l’Euro l’été prochain pour espérer faire mieux. Ils ont par ailleurs sûrement vu leurs voix rognées par leurs coéquipiers également nominés. Et le nouveau mode de scrutin ne les avantage pas, primant les vertus individuelles plutôt que le collectif.

On mesure bien sur ce graphique le déséquilibre dans la répartition des votes. Les quatre premiers ont rassemblé près de 85% des votes, ne laissant que des miettes aux dix-neuf autres nominés. 2011 ayant été une année creuse sur le plan international, il n’y a pas eu de Coupe du monde, comme l’an passé, pour mettre en avant d’autres joueurs que les stars des plus grosses équipes européennes. 2011 a été l’année Messi.

Les votes par continent

Comme à l’accoutumée, les Européens étaient le mieux représentés, avec seize joueurs parmi les vingt-trois nominés. Eto’o était le seul Africain de la liste, alors qu’il était accompagné de Drogba et Gyan l’année dernière. Si Messi a fait pencher la balance en faveur des Américains, la prégnance de l’Europe dans le scrutin reste très marquée, comme nous allons le voir par la suite.

Les votes par nationalité

Sans surprise, les Espagnols étaient largement majoritaires parmi les nominés, surfant sur la suprématie mondiale de la Roja mais aussi les succès du FC Barcelone et du Real Madrid. On comptait également deux Français et un Anglais nominés, nationalités absentes de l’édition 2010. L’Uruguay, victorieuse de la Copa America, a confirmé sa nouvelle stature de grande nation mondiale avec deux nominés, Forlán et Suárez. Difficile toutefois de tirer des grandes conclusions de la répartition des votes par nationalité, des individualités ayant été primées plutôt que des équipes nationales. Sans grande échéance internationale, les Espagnols sont ainsi passé de 42,40% des voix l’an passé après leur succès en Coupe du monde à 18,05%. On notera toutefois le faible score des Allemands (1,90%), malgré une équipe nationale qui a tout écrasé en 2011 et des joueurs auteurs d’une belle saison (Özil, Müller…). Signe peut-être d’un manque de reconnaissance.

Les votes par club

Le FC Barcelone s’est taillé une part encore plus grande des nominés par rapport à 2010, avec huit contre six l’année dernière. Logique tant le club catalan a dominé la planète foot, remportant pas moins de cinq trophées (Supercoupe d’Espagne, Supercoupe d’Europe, championnat d’Espagne, Ligue des Champions, Coupe du monde des clubs). Le Real Madrid, deuxième club le plus représenté, comptait deux fois moins de nominés. On notera l’absence de joueur du Milan AC, pourtant sacré champion d’Italie. Un seul club non-européen, le Brésilien Santos, représenté par Neymar.

La suprématie blaugrana s’est retrouvée dans les votes, avec plus de 64,86% de suffrages recueillis. Le Real suit loin derrière (24,47%), et les autres récupèrent les miettes. L’année 2011 ayant été marqué par pas moins de sept Clasicos entre les deux géants espagnols, c’est ce duel qui a fait, le plus souvent, l’actualité en Europe. Un rééquilibrage serait bienvenu pour donner à d’autres championnats, comme l’Italie ou l’Allemagne, une place plus en accord avec leur qualité.

Les votes par postes

On ne reviendra pas sur les critiques rituelles adressées au Ballon d’Or, pour lesquelles la récompense privilégie les joueurs offensifs, allant dans le sens du football actuel où la prime est donnée au spectacle et à l’exploit individuel. Une tendance regrettable, qui s’est trouvée renforcée encore un peu plus cette année : trois défenseurs nominés (un de moins que l’an passé), tous du FC Barcelone, dont un (Alves) très offensif ; un seul gardien (là aussi un de moins qu’en 2010), Casillas, et aucun milieu récupérateur « pur ». La mode est aux milieux passeurs, aux manieurs de ballon, aux joueurs techniques et spectaculaires. Pas ou peu de place pour les travailleurs de l’ombre, pourtant tout aussi importants dans une équipe.

Si 2010 avait primé les milieux de terrain (52,31% des voix) grâce à Iniesta (2e), Xavi (3e) et Sneijder (4e), 2011 a consacré les attaquants. Ils ont recueilli près de 80% des suffrage, et on en compte sept dans le top 10. Les milieux de terrain atteignent à peine 18%, tandis que défenseurs et gardien sont réduits à la portion congrue. Iker Casillas sauve l’honneur en pointant à la 9e place, mais les trois défenseurs figurent eux en bas de classement (Abidal 18e, Alves 19e, Piqué 23e). Preuve du peu d’attention qu’on leur accorde.

Conclusion

Le Ballon d’Or reste une récompense européano-centrée, tant au niveau des nationalités que des clubs représentés. Cette édition 2011 a en outre clairement fait la part belle aux attaquants. Ce qui, aujourd’hui, tend à décrédibiliser la récompense. L’apport d’un défenseur ne sera jamais mesuré de la même manière que celle d’un attaquant. Il paraît donc inéquitable de les opposer dans une récompense individuelle. De même, le football européen étant le plus puissant au monde, il est le plus regardé, aux quatre coins de la planète. Les clubs et joueurs du Vieux Continent disposent ainsi d’une exposition considérable, qui joue elle aussi sur le scrutin.

Ce qui ressort de cette élection du Ballon d’Or 2011, en définitive, c’est l’influence des médias sur la perception que l’on a du niveau des joueurs. La télévision est un atout pour les joueurs ostentatoires et spectaculaires. Dans une sphère médiatique où l’on attend du spectacle, jugé uniquement par le nombre des buts marqués, il n’y a de place que pour les joueurs offensifs techniques qui font lever les foules. Au détriment de joueurs plus discrets mais non moins essentiels. Il n’est pas question de remettre en cause le talent de Messi. Au contraire. Il est d’ailleurs peut-être le plus collectif des génies individuels. Mais il faut élargir le prisme par lequel on traite et juge le football, pour mettre en avant d’autres qualités aujourd’hui ignorées.

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*Le continent des nations ont été déterminées selon la confédération à laquelle elles sont rattachées (UEFA, CONMEBOL, CONCACAF, AFC, OFC) et non à leur position géographique.

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