La clameur du Millerntor

Plongée au cœur de l’ambiance du Millerntor-Stadion, enceinte historique du FC Sankt Pauli, un jour de match à domicile du club du quartier chaud d’Hambourg.

Devant le Millerntor-Stadion. | © AWoF

Dimanche 25 mars. Le soleil se lève sur un quartier de Sankt Pauli somnolent sous l’effet du changement d’heure. Aujourd’hui, c’est jour de match. Le FC Sankt Pauli (4e) reçoit l’Energie Cottbus (11e) pour le compte de la 27e journée de 2. Bundesliga. En cas de victoire, le club d’Hambourg reviendrait à hauteur du Fortuna Dusseldorf, tenu en échec (1-1) la veille par Braunschweig, à la 3e place synonyme de barrage. Dans les rues, les maillots, écharpes et pulls floqués du traditionnel Jolly Roger se font encore plus visibles que d’ordinaire. Au bien nommé Jolly Roger, le pub emblématique des supporters du club, c’est l’affluence des grands jours, avec des clients jusque sur le trottoir à 11 heures, 2 h 30 avant le coup d’envoi.

À quelques dizaines de mètres de là, au détour d’une rue, se dresse le Millerntor-Stadion. Coincé entre le Hamburger Dom, la foire de la ville avec sa grande roue et ses montagnes russes, et le Flakturm IV, la tour anti-aérienne construite par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale. Le parvis au pied de la toute nouvelle tribune présidentielle, qui abrite les bureaux du club, se remplit peu à peu de supporters. L’ambiance est détendue, le public varié : femmes, enfants, punks aux cheveux roses, violets, turquoise ou verts, crânes rasés, jeunes, moins jeunes… Des ados se faufilent de groupe en groupe pour vendre quelques-uns des nombreux fanzines du club. La boutique fait le plein.

Sur les pulls et t-shirts, les mêmes slogans anti-fascistes et anti-capitalistes que sur les stickers collés dans tout le quartier. « We still don’t love police » (« On n’aime toujours pas la police »), « We love Sankt Pauli », (« On aime Sankt Pauli ») clament d’autres. Anomalie pour les non initiés, le vert des écharpes du Celtic Glasgow saute aux yeux. Certains arborent même le maillot du club écossais. Une solide amitié lie les supporters des deux équipes, renforcée par les liens parallèles entre leurs rivaux respectifs, les Glasgow Rangers et le HSV. Les déboires de l’autre club d’Hambourg, battu la veille à Wolfsburg (2-1) et qui flirte avec la zone rouge en Bundesliga, sont au cœur de conversations amusées. La bière coule à flot dans les bars au pied du stade.

À 1 h 30 du coup d’envoi, le Millerntor commence à se remplir. La partie basse de la Südtribüne, réservée aux Ultras, est déjà bondée. Dans la Gegengerade, tribune basse qui sent bon les années 70, les supporters se tassent, debout contre les rambardes. Elle sera rénovée l’été prochain, remplacée par une nouvelle tribune de 12 000 places, dont 10 000 debout. À l’opposée des Ultras du FCSP et leurs couleurs sombres, marron et noir mêlés, les fans de Cottbus ont empli leur parcage de rouge, au pied de la tour anti-aérienne. Ils lancent un premier chant, applaudi par les supporters locaux, qui répondent dans la foulée.

Le Millerntor-Stadion. | © AWoF

 

Le Jolly Roger au poteau de corner. | © AWoF

 

L'entrée des joueurs de Sankt Pauli à l'échauffement. | © AWoF

Alors que la sono du stade passe des morceaux de punk ou de hard rock, les joueurs de Sankt Pauli entrent sur le terrain pour l’échauffement et font le tour du terrain pour saluer les supporters, emmenés par leur emblématique capitaine Fabian Boll, policier au civil. Helmut Schulte, entraîneur du club entre 1987 et 1991 avec plusieurs saisons en Bundesliga à la clé et aujourd’hui directeur sportif, est interviewé par Sky, la chaîne sportive qui retransmet les matchs de première et deuxième divisions en multiplex.

À dix minutes du coup d’envoi, le stade est plein. 23 535 supporters. La densité des trois tribunes debout est impressionnante. La sono passe l’hymne du club. Tout le stade reprend en cœur. L’ambiance monte. Les drapeaux sont sortis. Certains à l’effigie du Che, une nouveauté introduite par la dernière génération d’ultras. Dans la Südtribüne, un grand étendard demande que la police reste en dehors de la future Gegengerade rénovée.

Un « Aux Armes ! » retentissant

Soudain, une cloche résonne. Puis une seconde. La clameur monte dans le Millerntor. Hells Bells d’AC/DC annonce l’entrée des deux équipes sur le terrain. À vous donner des frissons. Des centaines de confettis sont jetés des tribunes. Les écharpes sont tendues. De grands drapeaux aux couleurs du club sont agités. Le public applaudit en rythme.

L'entrée des joueurs. | © AWoF

 

Le coup d'envoi, devant la vieille Gegengerade. | © AWoF

Le coup d’envoi est donné. Comme à chaque match, le premier chant lancé par les Ultras est un « Aux Armes ! » retentissant, en français dans le texte, clamé par tout le stade. Le ton est donné. Les « Sankt Pauli ! Sankt Pauli ! » résonnent et s’enchaînent. Ils sont quatre capos à lancer les chants dans la Südtribüne. Après des premières minutes animées, seuls les Ultras continuent à chanter sans cesse

Chants des Ultras Sankt Pauli

Sur le terrain, le FCSP attaque fort la rencontre. Dès la troisième minute, Kirschbaum, le portier de Cottbus, doit claquer en corner une subtile balle piquée de Boll. Sankt Pauli domine, mais peine à trouver des espaces face à un adversaire regroupé. Après 25 minutes de jeu, pour réveiller le stade, les Ultras appellent chaque tribune une par une. Ils font se lever la présidentielle. Ils lancent un chant distinct pour chacune, histoire de réchauffer l’ambiance. Les airs sont variés, aux tonalités parfois sud-américaines. Le reste du stade suit plus ou moins timidement.

Il faut dire que le spectacle proposé sur l’impeccable pelouse du Millerntor n’aide pas à réveiller les fans en pleine digestion. Les imprécisions techniques se multiplient. Une frappe à l’entrée de la surface du milieu de terrain Funk aux 18 mètres écartée par Kirschbaum (32e), puis une tentative en angle fermé du bulldozer Marius Ebbers au-dessus (35e), et c’est tout pour la première période.

Les Ultras Sankt Pauli. | © AWoF

 

Le capitaine Fabian Boll tente sa chance, à côté. | © AWoF

La seconde mi-temps est encore plus indigente. Les vingt-deux acteurs semblent endormis, perturbés par l’horaire avancé et le changement d’heure. Le passage à deux attaquants de Sankt Pauli à l’heure de jeu redonne de la vigueur aux hommes d’Andre Schubert. Mais malgré l’envie de chaque côté, le niveau technique est bien trop faible pour faire la différence. Une seule occasion en seconde période, pour l’ailier du FCSP Bartels, dont la frappe croisée passe à côté (77e). Devant l’indigence du spectacle proposé, le niveau sonore des encouragements décroît logiquement. Pas de sifflets envers les joueurs, toutefois. Impressionnante pour un club de deuxième division, l’ambiance n’est pas si exceptionnelle que les supporters de Sankt Pauli se plaisent à le dire.

Au coup de sifflet final, Fabian Boll et ses équipiers quittent le terrain comme ils y sont entrés, par un tour d’honneur pour saluer l’ensemble des supporters. Le respect est mutuel, loin de l’animosité que l’on rencontre souvent sur les terrains d’Europe. Les fans s’attardent quelques temps dans les tribunes, avant de se retrouver à l’extérieur du stade, sur les pelouses des rues voisines. Le Jolly Roger est bondé. La mauvaise opération comptable est vite oubliée. L’ambiance est à la rigolade. Les plus chagrins peuvent toujours se consoler aux feux rouges, où des bouts de papier scotchés rappellent la piteuse 16e place du HSV en D1. À Sankt Pauli, le résultat est secondaire, la fête prime. Du football détendu et convivial. Du football pacifique.

© AWoF

 

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