Michael Pinz, Sankt Pauli dans le cœur

Supporter de Sankt Pauli depuis la fin des années 80, Michael Pinz fait partie de ceux qui ont vu le club évoluer. Et qui n’hésitent pas à donner leur temps et leur argent pour le soutenir. Portrait.

Michael Pinz à l'intérieur du Jolly Roger.

À quelques hectomètres du Millerntor-Stadion, une devanture sombre et poussiéreuse interpelle. Les têtes de mort attirent l’œil. L’insigne, « Jolly Roger », est connu de tous les fans de Sankt Pauli. Comme second logo du club, le drapeau pirate. Mais aussi comme le pub de supporters le plus réputé du quartier. Avant, pendant et après les matchs, il est un lieu de rendez-vous incontournable.

À l’intérieur, les lieux sont étroits. Les quelques clients sont accoudés face à l’écran plat qui diffuse le multiplexe de 2. Bundesliga. Sur les murs, des écharpes de divers clubs allemands et européens sont accrochées. Un maillot de Sankt Pauli, floqué « Jolly Roger », est encadré. Surtout, tous les autocollants pro-Sankt Pauli aperçus sur les feux de signalisation et les panneaux semblent être rassemblés ici. Pas à centimètre de mur n’est épargné, jusqu’à l’intérieur des toilettes.

Assis sur une banquette, casquette du FCSP ornée de pin’s sur la tête et veste du club sur le dos, Michael Pinz sirote une bière en lisant le journal. Les pages sports, bien entendu. Il jette fréquemment des coups d’œil à l’écran. Ce samedi, le Fortuna Dusseldorf, rival de Sankt Pauli pour la montée, reçoit Braunschweig. « Tout le monde est le bienvenu ici, commence-t-il. L’équipe supportée ou le lieu d’origine n’ont pas d’importance. »

À 43 ans, Michael Pinz est l’un des supporters historiques du FC Sankt Pauli. Originaire de la banlieue hambourgeoise, il a assisté à son premier match au Millerntor lors de la saison 1987-1988. En pleine période de chamboulements idéologiques et culturels pour le club. Il a d’ailleurs participé à des manifestations sur l’Hafenstrasse, la rue qui a accueilli des squatteurs à partir du milieu des années 80. « Sankt Pauli, ce n’est pas que du football, c’est aussi de la politique », affirme-t-il.

Plus jeune, Michael Pinz souhaitait étudier l’environnement. Mais la vie l’a mené sur un autre chemin. Depuis 20 ans, il est électricien pour la Deutsche Bahn, la SNCF allemande. De 7 à 16 heures, chaque jour, il veille au bon fonctionnement des circuits électriques des gares d’Hambourg. Un métier difficile, usant. Il trouve dans le soutien au FC Sankt Pauli un véritable exutoire. Une porte de sortie. La saison passée, il a suivi le club dans tous les stades de Bundesliga. « Ce qui était bien en première division, c’étaient les horaires, se souvient-il en refermant son journal. Et c’est plus intéressant de jouer contre les gros clubs. Mais pour la plupart des supporters, ce n’est pas le plus important. »

Quand on aime, on ne compte pas. En 2002, lorsque le club est au bord de la faillite, il participe activement à la mobilisation populaire pour sauver l’institution FCSP. Il achète un abonnement à vie, pour 1 910 euros (comme l’année de fondation du club), dans la Gegengerade. Pour une place debout, bien sûr. « Être debout, c’est mieux, souligne-t-il. C’est moins cher, et tu peux mieux encourager ton équipe. Tu es plus dans le match. »

Michael Pinz dans les tribunes du Millerntor, drapeau anti-nazisme à la main.

« Le club pauvre qui prend des points aux riches »

Récemment, lorsque le club sollicite une aide auprès de ses supporters pour rénover le Millerntor, Michael Pinz n’hésite pas, malgré ses modestes moyens, à mettre la main à la patte. Il prête une somme à quatre chiffres, dont il refuse de dévoiler le montant exact, par pudeur. Dans ce soutien indéfectible au FC Sankt Pauli, il ne recherche pas de reconnaissance. Ce club, c’est sa vie. Une famille. Qui lui sied parfaitement, lui qui avoue ne pas aimer le Bayern car « c’est un trop gros club, avec trop d’argent ». D’autant que sur le terrain, l’équipe progresse. « Depuis Holger Stanislawski (ancien joueur, entraîneur emblématique entre 2006 et 2011), chaque année, la qualité du football s’améliore. »

Ce que Michael Pinz apprécie avant tout, c’est le pacifisme et l’ambiance qui entoure son club. Une atmosphère qui l’a séduit il y a vingt-cinq ans, et qui le touche toujours. Une ambiance festive, qui ne se limite pas au stade mais s’étend à tout le quartier. C’est l’avantage d’avoir un Millerntor-Stadion au cœur de Sankt Pauli. « Quand le stade est en dehors de la ville, lorsque le match est fini, les gens rentrent chez eux. Pas ici : les supporters restent faire la fête dans les bars, discuter avec leurs amis… »

Lorsque les cris du commentateur télé signalent l’égalisation de Braunschweig à Dusseldorf, il sert le poing. Il croit à la remontée de Sankt Pauli en Bundesliga. Même si rester en deuxième division lui conviendrait aussi. « Pour moi, c’est important d’être en première division, mais ce n’est pas tout. Jouer en deuxième division, cela me va. On n’a pas beaucoup d’argent. »

Cette position de Petit Poucet lui plaît. Pour lui, rien ne symbolise mieux pour lui l’état d’esprit Sankt Pauli que le drapeau pirate. « Klaus Störetebeker, le plus célèbre pirate d’Hambourg, était réputé pour prendre l’argent aux riches pour le donner aux pauvres, raconte-t-il. Sankt Pauli, c’est le club pauvre qui prend des points aux riches. »

Lire aussi :
FC Sankt Pauli, contre-culture du foot européen
La clameur du Millerntor
Volker Ippig, le révolté de Sankt Pauli
« Le FC Sankt Pauli ne serait pas devenu ce qu’il est dans un autre quartier »

—-
Vous pouvez suivre A World of Football sur Twitter et Facebook.

Partager
  • Facebook
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • Wikio FR
  • PDF
  • Print