Volker Ippig, le révolté de Sankt Pauli

Volker Ippig est le joueur qui a le mieux incarné l’esprit Sankt Pauli. Gardien du club dans les années 80, au moment des mutations du FCSP, son engagement politique et son attitude rebelle en ont fait le chouchou du Millerntor. Portrait.

Il rentrait sur le terrain le poing levé vers les supporters. Grand (1,86 m) gardien aux longs cheveux blonds, il était reconnaissable entre tous. Volker Ippig, dernier rempart de Sankt Pauli entre 1981 et 1992, était un joueur atypique. Son état d’esprit collait parfaitement avec la nouvelle culture qui s’est développée dans le quartier des plaisirs d’Hambourg à la fin des années 80.

Né le 28 janvier 1963 à Lensahn, à une centaine de kilomètres au nord d’Hambourg, Volker Ippig tape dans ses premiers ballons dans le club de la ville, le TSV Lensahn. À 18 ans, le gardien de but part pour la cité portuaire y étudier l’économie, et signe parallèlement au FC Sankt Pauli. Déjà très engagé politiquement, il n’hésite pas à mettre sa carrière entre parenthèses à plusieurs reprises. Il va travailler dans une garderie pour enfants handicapés, se construit une petite maison à la campagne pour s’y isoler et lire les livres de Carlos Castaneda, célèbre anthropologue américain.

Son initiative la plus marquante reste son départ au Nicaragua, au début des années 80, pour rejoindre une brigade du travail sandiniste. Le pays d’Amérique centrale sort de quarante ans de dictature de la famille Somoza. L’extrême-gauche sandiniste, avec à sa tête Daniel Ortega, est arrivée au pouvoir grâce à un soulèvement populaire en 1979. Ces camps de travail s’inscrivent dans le cadre de la « révolution sandiniste », ensemble de réformes sociales et économiques de gauche (réforme agraire, campagne d’alphabétisation…) destinées à refaçonner le pays.

Après deux ans à l’autre bout du monde, Volker Ippig revient à Sankt Pauli, en pleine période de mutations au sein du quartier et des tribunes du Millerntor. Son engagement à gauche, mais aussi son attitude rebelle et son look font rapidement de lui la coqueluche de la nouvelle génération de supporters. Le portier va même jusqu’à vivre pendant quelques semaines dans un squat sur l’Hafenstrasse, en bordure de l’Elbe, au milieu des fans.

Il est un symbole tout désigné pour des médias désireux de trouver au sein de l’effectif du FCSP une figure emblématique de la nouvelle culture du club. Il s’implique même, à la fin des années 80, dans le Fanladen, un projet d’organisation de supporters qui vise notamment à mener des actions sociales dans le quartier. « Avant notre réussite, on pensait qu’il ne fallait pas affirmer ouvertement son opinion politique, confiait-il l’an passé dans une interview à 11freunde.de. Mais avec nous, c’est devenu possible et désirable. »

Du football aux docks

Après plus d’une centaine de matchs joués pour le FC Sankt Pauli, en première et en deuxième division, la carrière de Volker Ippig s’arrête brusquement en 1992. La faute à une blessure au dos à l’entraînement. Sa colonne vertébrale est touchée. Il en est encore handicapé aujourd’hui. Après huit années hors du football, il reprend du service comme entraîneur des gardiens au début des années 2000. À Sankt Pauli, bien entendu. Ses méthodes en matière de préparation physique et de soins sont innovantes. Il a notamment recours à l’homéopathie dans le traitement des blessures. Il vit la remontée du club en première division, pour la saison 2001-2002, dans le staff de Dietmar Demuth, un de ses anciens coéquipiers.

Après son départ du club en 2003, il écume les clubs mineurs. Jusqu’à l’été 2007, durant lequel Félix Maggath lui offre un poste à Wolfsburg, où il reste six mois. Il retourne ensuite dans sa ville natale et prend la tête de son club d’enfance, le TSV Lensahn. Il est aujourd’hui docker dans le port d’Hambourg, où il conduit à longueur de journée les camions chargés de containers. Le travail est pour lui un défi physique quotidien qu’il se plaît à relever dans l’effort. En toute humilité, loin du football, dans un cadre populaire où il se sent à sa place.

Volker Ippig ne reconnaît plus vraiment son club. Il n’a pas mis les pieds au Millerntor-Stadion depuis plusieurs années. « Le Millerntor fut un temps un laboratoire extérieur pour le football allemand, et la proximité entre supporters, joueurs et encadrement a été un succès, déclarait-il à 11freunde.de. Aujourd’hui, tout est orchestré, seul le mythe persiste. C’est beaucoup de blabla. » Un regard très dur sur l’évolution du FC Sankt Pauli, qui s’est peu à peu ouvert à la commercialisation ces dernières années. Et ça, le révolté Volker Ippig ne pourra jamais l’accepter.

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