Rétro 1996, Bordeaux 3-0 Milan AC – L’exploit des Girondins

Le 19 mars 1996, au Parc Lescure, les Girondins de Bordeaux battent le Milan AC (3-0) en quart de finale retour de la Coupe de l’UEFA.

Si le football français ne compte que deux coupes d’Europe à son actif (C1 pour l’OM en 1993, C2 pour Paris en 1996), des exploits ont jalonné son histoire sur la scène continentale. Les épopées du Stade de Reims dans les années 50 et des Verts de Saint-Étienne dans les années 70 ont marqué des générations. Plus ponctuels, la finale de Bastia en Coupe de l’UEFA 1978 ou le succès de Metz au Nou Camp face au FC Barcelone (1-4) en 1984 sont restés dans la mémoire. Ce Bordeaux – Milan AC de 1996, au même titre que le PSG – Real Madrid (4-1) trois ans plus tôt, est resté dans les annales. L’un de ces matchs extraordinaires durant lesquels un club français a su renverser un géant d’Europe alors que tout le monde le donnait perdant. Pour les supporters bordelais qui ont eu la chance de le vivre, il est certainement l’un de leurs meilleurs souvenirs footballistiques.

Bordeaux n’était pourtant plus l’équipe phare du football français qu’elle fut dans les années 80. Sous la houlette d’Aimé Jacquet et de l’emblématique président Claude Bez, les Girondins remportent trois titres de champion de France (1984, 1985 et 1987). Ils terminent en outre trois fois deuxièmes (1983, 1988 et 1990) et décrochent deux Coupes de France consécutives (1986 et 1987). Déjà, les Marine et Blanc se distinguent en Europe. Ils atteignent la demi-finale de la C1 en 1985 (défaite face à la Juventus de Platini et Boniek) et le dernier carré de C2 deux ans plus tard.

La fin des années 90 voit la rivalité avec l’OM s’exacerber. Les affaires extra-sportives se multiplient autour du sulfureux Claude Bez. Et en 1991, la déchéance. La DNCG décide de la relégation administrative du club girondin, rongé par un déficit de 45 millions d’euros. Il faut repartir de deuxième division, avec un effectif considérablement chamboulé. Klaus Allofs était parti en cours de saison au Werder Brême, sentant le vent tourner. Battiston (retraite), Bell (Saint-Étienne), Durand (OM), Ferreri (Auxerre) et Thouvenel (Le Havre) l’imitent à l’été 91. Didier Deschamps retourne lui à Marseille à la fin de son prêt.

L’heure est à la reconstruction, autour notamment de deux jeunes talentueux formés au club : le gaucher basque Bixente Lizarazu et l’attaquant Christophe Dugarry. L’ancien gardien de l’OM Gaëtan Huard, barré par Pascal Olmetta, rejoint le club. La remontée en première division est immédiate. Porté par un nouvel investisseur, l’opticien Alain Afflelou, Bordeaux termine aisément en tête du groupe B de D2. Les Girondins s’imposent en « finale des champions » face à celui du groupe A, Valenciennes (4-0, 3-2).

Instabilité après Jacquet

Bordeaux retrouve rapidement, au sein de l’élite, un rang conforme à son statut. Le club enchaîne deux quatrièmes places en 1993 et 1994. L’arrivée dès la remontée de Zinédine Zidane, un jeune milieu de terrain prometteur formé à l’AS Cannes, apporte un surplus de technique dans l’entrejeu. Le natif de Marseille inscrit dix buts dès sa première saison. Son entente avec Lizarazu et Dugarry devient l’un des atouts principaux des Girondins. Autre renfort, Richard Witschge, arrivé en 1993. Le Hollandais aux cheveux blonds sort de deux saisons difficiles au FC Barcelone. Il y a malgré tout remporté la C1 en 1992, aux côtés des Guardiola, Stoichkov, Laudrup et Koeman.

La saison 1994-1995 est plus délicate pour les Girondins. La septième place finale ne les qualifie que pour la Coupe Intertoto. Le club est rongé par l’instabilité au poste d’entraîneur. Arrivé à l’été 1995, le Yougoslave Slavo Muslin est le huitième coach en fonction depuis le départ d’Aimé Jacquet en 1989. La saison 95-96 de Bordeaux débute dès le 1er juillet. Après huit rencontres et une victoire face aux Allemands de Karlsruhe en finale, Bordeaux remporte, comme Strasbourg, la Coupe Intertoto. Les Marine et Blanc joueront la C3.

Mais à quel prix ? Préparation tronquée et effectif insuffisant en quantité pour jouer sur plusieurs tableaux, Bordeaux est rapidement à la peine en championnat. La Coupe de l’UEFA est épuisante. Les Macédoniens de Skopje (3-1 sur les deux matchs), les Russes de Volgograd (3-1) et les Espagnols du Bétis Séville (3-2, dont un lob de demi-volée de 40 mètres de Zidane) sont écartés. Mais les Girondins végètent dans le bas du ventre-mou de première division. À la trêve, ils sont 16e, avec quatre petites victoires. Le club n’est pas serein. En atteste la rupture de contrat du défenseur William Prunier début décembre, en raison de problèmes relationnels. L’ancien international français (une sélection en 1992) était arrivé en Gironde en 1994, quittant un OM relégué en D2 suite à l’affaire VA-OM.

La trêve n’apporte pas de remède aux problèmes des Marine et Blanc sur la scène nationale. Pire, le 3 février 1996, ils quittent la Coupe de France par la petite porte. Ils sont éliminés en seizième de finale par Toulon (3-2, ap), alors en National 1 (D3). Le lendemain, l’Allemand Gernot Rohr, ancien défenseur emblématique du club (1977-1989), remplace Slavo Muslin à la tête de l’équipe. Il connaît la maison. Il en fut déjà l’entraîneur à deux courtes reprises, en 1990 et 1991-1992. Se profile la double confrontation, en quart de finale de la Coupe de l’UEFA, face au grand Milan AC.

A la fin des années 80, Arrigo Sacchi a refait du club milanais un grand d’Europe, une machine à gagner. Grâce notamment à ses innovations tactiques, autour du pressing et de la défense de zone. L’arrivée de Fabio Capello en 1991 marque le début des Invincibili. Le Milan termine la saison 1991-1992 invaincu et remporte le premier de trois Scudetti consécutifs. En 1994, le FC Barcelone de Johan Cruyff est balayé en finale de la Ligue des Champions (4-0).

Mais le Milan commence à donner des signes d’essoufflement. La saison suivante, les Rossoneri s’inclinent en finale de la C1 face aux jeunes Hollandais de l’Ajax (1-0). Ils ne terminent que 4e de Série A. Les problèmes récurrents à la cheville de Marco Van Basten (1988, 1989, 1992) tronquent la fin de carrière du triple Ballon d’Or. Le président Silvio Berlusconi décide de mettre les moyens pour recruter. À l’été 1995, le Libérien George Weah (ex-PSG) et le génial Roberto Baggio (ex-Juventus Turin) débarquent.

Avec le Yougoslave Dejan Savicevic, ils forment un trio d’attaque redoutable. Le Milan est l’un des favoris d’une Coupe de l’UEFA 1995-1996 très relevée : le Bayern Munich et le FC Barcelone sont encore en course au stade des quarts de finale. Au premier tour, Manchester United avait été sorti par Volgograd, malgré un but de la tête son gardien danois Peter Schmeichel.

L’excitation gagne la Gironde à mesure que le quart de finale approche. Bordeaux se déplace à San Siro pour le match aller, le 5 mars 1996. La supériorité milanaise est flagrante, dans un stade largement vide. Hormis une occasion de Witschge en deuxième mi-temps, le match est à sens unique. Eranio et Baggio d’un superbe coup franc donnent un avantage (2-0) que l’on pense irrémédiable au Milan. « Après le match, on n’y croyait pas trop », concédait Zinédine Zidane quelques années plus tard.

Deux semaines plus tard, le 19 mars, les deux formations se retrouvent au Parc Lescure, dans la cité girondine. Personne ne voit Bordeaux renverser l’ogre italien. Pourtant, quelque chose se passe à l’arrivée au stade des Marine et Blanc. « On a posé nos sacs aux vestiaires, puis on s’est rendu sur le terrain pour prendre l’air et tester la pelouse, raconte à 20 minutes François Grenet, alors jeune joueur polyvalent de 21 ans. C’était bien deux heures avant le coup d’envoi et le Virage était déjà plein, chauffé à blanc. On a tous ressenti quelque chose à ce moment, mais on n’en a pas parlé entre nous sur le coup. Ça ne s’expliquait pas. » Un sentiment partagé par Zinédine Zidane. « On se dit que ce soir, tout est possible, on peut faire quelque chose, confie-t-il quelques années plus tard. On joue contre le grand Milan AC, on n’a rien à perdre. On a juste à rentrer dans l’histoire. »

Gernot Rohr, l’entraîneur girondin, opte pour un 4-4-2 et un milieu de terrain complémentaire, alliant les techniciens Witschge et Zidane aux récupérateurs Dutuel et Lucas. Devant, le duo Tholot – Dugarry. Côté milanais, l’absence de Savicevic, blessé, est compensée par le retour de Weah, suspendu à l’aller. Avec Baggio, ce sont deux Ballons d’Or alignés en attaque. Dans l’entrejeu, le duo français Desailly – Vieira. Le vieillissant Franco Baresi (bientôt 36 ans) fait lui figure de patron en défense.

Devant 32 500 spectateurs survoltés, les intentions bordelaises sont claires : mettre la pression d’entrée sur le Milan et marquer rapidement, pour faire douter les Italiens. Oubliés les difficultés en championnat, où Bordeaux pointe à une piteuse 14e place. La Coupe d’Europe est une compétition à part. C’est déjà le seizième match européen de la saison pour les Girondins. Ils ne veulent pas s’arrêter là.

Dès le coup d’envoi, Bordeaux se porte dans le camp milanais. Les Marine et Blanc exercent un pressing intense et tout terrain sur leur adversaire. Ils veulent emballer le match d’entrée, imprimer un rythme soutenu pour prendre de court les Italiens. Dugarry est le premier à tenter sa chance, à côté (2e). Milan répond du tac au tac. Huard doit sortir dans les pieds de Vieira, lancé après un une-deux avec Baggio (4e). Les Italiens cherchent une projection rapide vers l’avant. Ils s’appuient sur les décrochages de Baggio et la puissance de Weah.

Défensivement, les Rossoneri forment trois lignes à plat. Ils quadrillent le terrain sur 25 mètres derrière leur ligne médiane et jouent le hors-jeu. Une stratégie payante à l’aller : 8 hors-jeu avaient été signalés contre les attaquants bordelais. Plutôt que de chercher la profondeur, Dugarry évolue dans la largeur. Il se déplace sur tout le front de l’attaque, tandis que Tholot reste sur la défense centrale milanaise. Face au bloc dense du Milan, Bordeaux peuple son entrejeu avec quatre joueurs dans l’axe, Witschge et Zidane occupant des positions moins excentrées que prévu. Cela crée une supériorité numérique qui, couplée à la qualité de passe du Hollandais et à la technique d’un Zidane en démonstration, assure la possession du ballon aux Girondins.

Si Dugarry occupe parfois le couloir droit, livrant une bataille acharnée à Maldini, c’est lorsqu’il s’excentre côté gauche que l’international français crée le plus de différences. Avec le soutien de Witschge et les dédoublements de Lizarazu, Milan se retrouve en infériorité numérique dans ce couloir. D’autant qu’Eranio est à la peine face à la vivacité du capitaine bordelais. Grâce à un jeu rapide et précis, orchestré par un Zidane électron libre, Bordeaux fait des différences face à un Milan en dedans. La relance italienne est perturbée par le pressing incessant des attaquants girondins. Weah est systématiquement recherché sur de longs ballons imprécis, sur lesquels Dogon et Friis-Hansen prennent le dessus.

La pression bordelaise va finir par payer. Sur un renversement de jeu de Witschge, Lizarazu prend le dessus sur Panucci et centre devant le but. Tholot, seul dans les six mètres, conclut malgré une reprise mal maîtrisée, que Ielpo ne peut contrôler (1-0, 14e). « On en avait parlé avec ‘Liza’, je savais qu’il allait la mettre fort, confiera l’attaquant au micro de Canal + à la mi-temps. Donc je fais un semblant d’appel au premier et je vais au deuxième. Après, j’ai un peu de réussite. » Le plan bordelais est en marche. « On a fait un début de match où on a tout donné pour leur mettre une énorme pression et pour que le public nous aide, expliquera également Bixente Lizarazu à la mi-temps. Ça a bien fonctionné. »

Insaisissable Dugarry

Loin de reculer après l’ouverture du score, Bordeaux poursuit sa marche en avant. Avec toutefois en face un Milan enfin présent dans les duels. Parfois excessivement, à l’image du roublard Baresi. Les Bordelais sont à la hauteur du défi physique imposé. Privé de ballon par la bonne couverture de Lucas, Baggio est étouffé. Maladroit techniquement, Milan est contraint d’allonger pour un Weah bien seul devant. Le remplacement d’Eranio, blessé à la cuisse, par Albertini (25e) n’inverse pas la tendance. En faisant glisser Vieira à droite, Milan se prive d’un véritable ailier. Tout juste le Français parvient-il à mieux boucler le couloir.

Les Girondins continuent à poser le jeu, s’appuyant sur les changements d’aile pour déstabiliser la défense milanaise. Les latéraux Toyes et Lizarazu apportent la largeur. Insaisissable, Dugarry met en difficulté Panucci et Maldini par sa mobilité et sa technique. Alors que le jeu se durcit, Witschge et Zidane sont cruciaux dans la conservation du ballon. Ils décrochent à tour de rôle pour prendre en charge la relance, imprécise lorsqu’effectuée par Dogon ou Friis-Hansen.

Si l’intensité du pressing imposé sur la défense milanaise décroît, les Italiens n’en restent pas moins en difficulté pour ressortir les ballons. La faute à une multiplication de mauvaises passes. Pourtant, la défense bordelaise, pour faire face à la vitesse de Weah, évolue bas. Cela crée des espaces dans l’entrejeu, pas exploités par le Milan. Avant la pause, Gaëtan Huard n’a pas à s’employer. À la mi-temps, Bordeaux n’a plus qu’un déficit d’un but. Les Girondins y croient. « Physiquement, on est au point, affirme Bixente Lizarazu, au micro de Canal +, en rentrant au vestiaire. On a une mi-temps pour mettre un but, c’est largement jouable. » À l’inverse, un Desailly agacé dénonce le match « sans volonté » de son équipe.

À la pause, Fabio Capello remplace un Baggio transparent par Paulo Di Canio. Le futur joueur du Celtic Glasgow a pour mission d’apporter un soutien plus présent à Weah et de peser sur la défense bordelaise. Certainement bousculé à la mi-temps par leur entraîneur, les Milanais attaquent la seconde période en jouant plus haut dans le camp bordelais. Côté gauche, Donadoni est plus actif et dispose d’espaces, Dutuel devant sans cesse coulisser depuis l’axe pour venir soutenir Toyes. Sous pression, Bordeaux saute son milieu de terrain, qui lui a pourtant permis d’avoir la maîtrise du jeu en première mi-temps. Milan ne parvient toutefois pas à inquiéter Huard. La faute à une défense bordelaise bien en place et déterminée.

Malgré le sursaut rossonero, la première occasion est, comme en début de match, pour Dugarry. Mais la frappe de l’attaquant girondin, bien décalé par Dutuel, est trop croisée (52e). Peu à peu, les Marine et Blanc sortent la tête de l’eau. Ils retrouvent Zidane, dont la relation technique avec Witschge crée des décalages au milieu. Mais la défense milanaise est solide. Les couloirs sont fermés, tandis que la charnière Costacurta – Baresi musèle Didier Tholot. L’intensité de la rencontre pèse sur les organismes. Atteint de débuts de crampes, Daniel Dutuel cède sa place à François Grenet au milieu de terrain (61e).

À la mi-temps, Christophe Dugarry insistait sur la nécessité de s’offrir des coups de pied arrêtés bien placés, pour profiter de la qualité de Zidane et Witschge dans cet exercice. Il ne pensait pas si bien dire. Déjà avant la pause, Ielpo, remplaçant de Rossi dans les buts milanais pour les matchs de coupes nationale et européenne, avait été mis en difficulté sur des centres tendus du gaucher hollandais (9e) et du droitier français (45e+1).

Peu après l’heure de jeu, Lizarazu obtient un coup franc excentré côté gauche, aux abords de la surface de réparation. Zidane s’en charge. De son pied droit, il enroule un centre à mi-hauteur. L’arbitre turc de la rencontre, M. Çakar, au placement hasardeux, est sur la trajectoire du ballon, qu’il dévie du dos. Cela profite à Dugarry au second poteau, qui reprend instantanément du gauche, en pivot. Ielpo est battu une deuxième fois (2-0, 64e).

Lescure en feu

Ce petit coup de pouce du destin fait exploser le Parc Lescure. Bordeaux est revenu à hauteur sur l’ensemble de la confrontation. Un but milanais contraindrait toutefois les Girondins à en inscrire deux de plus. La double occasion pour Weah, qui voit d’abord Huard sortir à ses devants sur un centre, puis s’interposer sur sa frappe tendue après un raté de Dogon quelques instants plus tard (67e), fait figure de piqûre de rappel.

Mais quelques minutes plus tard, le Parc Lescure va passer de l’enthousiasme à l’euphorie. Avec de l’espace devant lui, Zidane s’avance côté gauche et repique dans l’axe. Il tente de servir Tholot dans la profondeur. Costacurta repousse. Le ballon revient sur le gamin de la Castellane, qui décale Dugarry, lancé à sa droite. À l’entrée de la surface, « Duga » envoie une frappe lourde sous la barre. Ielpo ne peut qu’effleurer (3-0, 70e). Irréel.

Fabio Capello réagit dans la foulée. Il opte pour l’offensive en faisant entrer le jeune attaquant Tomas Locatelli à la place de Vieira (72e). Di Canio glisse sur le côté droit, offrant enfin une solution offensive sur l’aile. Jusqu’alors, le Milan n’était pas parvenu à passer côté gauche, zone privilégiée des offensives en début de seconde période. Donadoni (33 ans) n’a plus la vitesse pour faire la différence.

Si Lucas comble les brèches devant la défense, soutenant notamment Lizarazu dans la défense de son couloir, les Italiens prennent le contrôle de l’entrejeu. Bordeaux plie physiquement. Mais ne rompt pas. Le Milan manque d’imagination. Le schéma est simple et prévisible : écarter rapidement le ballon vers Di Canio, chargé d’alimenter Weah en centres. Sur l’un d’eux, l’attaquant libérien envoie une belle tête, claquée par Huard (79e). Une belle réponse aux critiques dont le gardien bordelais a fait l’objet toute la saison. La seule et unique occasion de but milanaise en fin de match, malgré plusieurs corners et une succession de longs ballons dans la boîte. La fin de match est interminable. La tension à son comble. Mais les Girondins tiennent bon. Après trois minutes d’arrêt de jeu, M. Çakar libère un Parc Lescure en feu.

Les joueurs bordelais communient avec leur public de longues minutes après le coup de sifflet final. Le président Afflelou, descendu sur la pelouse, laisse éclater sa joie à coup d’embrassades. Le Premier ministre et maire de Bordeaux Alain Juppé est aux anges. « Je n’ai plus de voix, c’était magnifique, déclare-t-il au micro de Canal +. Ils ont joué comme des dieux, nous avons tous vibré. »

Les tours d’honneur se multiplient. « On fait une saison moyenne, on leur devait bien ça (aux supporters) », lance Christophe Dugarry. Les joueurs peinent à y croire. « Le résultat de ce soir va rentrer dans les annales du foot, affirme Gaëtan Huard. Je suis vraiment fier pour tout le monde ce soir. » Oubliées, le temps d’un soir, les difficultés en championnat. Bordeaux fête ses héros. Le Milan n’avait plus perdu par trois buts d’écart sur la scène européenne depuis 1978, en huitième de finale de C3 face à Manchester City.

Fin de cycle

En demi-finale, les Girondins enchaînent et prennent le dessus sur le Slavia Prague des jeunes et prometteurs Poborsky, Smicer et Bejbl. 0-1 en République Tchèque à l’aller, grâce à un but de Dugarry. Un match resté célèbre comme celui de la première roulette de Zidane, devant le Tchèque Lerch. Même score au retour, grâce à Tholot. Seulement la deuxième fois qu’un club français accède à la finale de la compétition, après Bastia en 1978. Mais en finale, face au Bayern Munich de Matthaüs, Klinsmann et Papin, la marche est cette fois trop haute. Zidane et Dugarry suspendus à l’aller, Bordeaux s’incline 2-0 en Bavière, puis 1-3 en Gironde, au cours d’un match marqué par le tacle violent de Kostadinov sur Lizarazu.

Usé par son épopée européenne, le FCGB termine la saison à la 16e place en D1, avec à peine 4 points d’avance sur le premier relégable. Un cycle s’achève. Dix joueurs quittent le club à l’été 96, parmi lesquels Lizarazu (Athletic Bilbao), Zidane (Juventus), Dugarry (Milan AC), Huard (Alicante) et Witschge (Ajax). Guy Stéphan et Rolland Courbis ne passent qu’une saison chacun à la tête de l’équipe, jusqu’à l’arrivée d’Élie Baup, en 1998. Lequel mènera le club au titre dès sa première saison.

De son côté, le Milan remporte tranquillement son quinzième Scudetto, ne concédant que trois défaites. Mais chez les Rossoneri aussi, un cycle s’achève, avec le départ de Fabio Capello. Il est remplacé par l’Uruguayen Oscar Tabárez. Le recrutement des Hollandais Davids et Kluivert est un échec. Milan ne passe pas les poules de la Ligue des Champions, et termine à une piteuse 11e place en championnat. La renaissance surviendra lors de la saison 1998-1999, sous la houlette d’Alberto Zaccheroni.

1996 aura été une année marquante pour le football français. Outre l’exploit bordelais en UEFA, le PSG remporte la Coupe des coupes face au Rapid Vienne (1-0). L’AJ Auxerre de Guy Roux est sacrée champion de France, et réalise même le doublé en enlevant la Coupe de France. Surtout, 1996 est l’année de la mise en application de l’arrêt Bosman, après décision de la Cour de justice des Communautés européennes de décembre 1995. La libre circulation des footballeurs dans les États membres de l’Union européenne est décrétée. Un arrêt qui va considérablement chambouler le football européen. Un pas décisif vers la mondialisation du football.


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