Face à Lyon, dimanche soir, Lille est repassé dans un schéma en 4-3-3 qui a fait sa force. Résultat : son meilleur match de la saison.
Il y a eu certes un changement dans l’attitude. Plus d’agressivité, d’engagement, de pressing, d’envie. Un changement d’hommes, aussi, avec les absences de Martin (blessé) et Kalou (suspendu), ainsi que la titularisation de Roux devant. Mais la variation la plus significative du LOSC face à Lyon, dimanche soir, aura été le retour au schéma tactique qui a fait sa force : le 4-3-3, jusque-là supplanté par le 4-2-3-1.
Les failles du 4-2-3-1
Rudi Garcia avait peu à peu installé le 4-2-3-1 à la fin de la saison dernière. Objectif : mettre Eden Hazard au cœur du jeu. Une stratégie couronnée de succès. Le génial Belge parti, le recrutement de Marvin Martin devait permettre de persévérer dans cette organisation. Dans un style certes différent, l’ancien Sochalien étant passeur plutôt que dribbleur. Le 4-2-3-1 lui confiait les clés du jeu lillois. De belles promesses avaient d’ailleurs été entrevues lors de la préparation.
Mais le début de championnat a révélé au grand jour les failles de l’adaptation du LOSC à ce système :
- Un milieu mal équilibré, avec un Marvin Martin isolé
- Une moins bonne utilisation des couloirs
- Milieu mal équilibré, Martin isolé
Lille a souvent remporté la palme du meilleur milieu de terrain de France, ces dernières saisons. L’arrivée de Martin devait renforcer encore un peu plus ce secteur et apporter un renouveau collectif après le départ d’Hazard. Mais son association avec Mavuba et Balmont n’a, pour le moment, pas eu le rendement escompté.
D’abord parce que les deux milieux défensifs lillois ont, depuis le début de la saison, évolué bien trop bas. En possession du ballon, ils redescendaient tous deux devant leur défense centrale pour prendre en charge la relance. Ce qui éliminait de fait quatre joueurs pour proposer une solution vers l’avant. Mavuba et Balmont se plaçaient en outre souvent entre central et latéral. Là où une passe devait suffire pour écarter le jeu, Lille en réalisait deux, ralentissant sa construction.
Ce positionnement bas déchargeait Basa et Chedjou, pourtant dotés d’un jeu de passe plutôt bon, d’un rôle dans la relance. Il isolait également Martin au cœur du milieu de terrain adverse. Flagrant mercredi 19 septembre, contre le BATE Borisov (1-3). Les deux attaquants biélorusses firent opposition à Mavuba et Balmont et coupèrent les lignes de passe vers Martin, encadré par les deux milieux. D’où de grandes difficultés pour le trouver, comme depuis le début de la saison.
Malgré une certaine mobilité, le numéro 10 lillois n’a pas encore d’influence. Il n’est pas trouvé entre les lignes ni face au jeu pour mettre sur orbite ses attaquants. Il n’a pas non plus été à la hauteur dans son travail défensif : replacement lent, pressing à contre-temps, agressivité insuffisante. Mavuba et Balmont devaient combler les brèches seuls à la perte du ballon. Et laissaient forcément des espaces entre eux, exploitables pour l’adversaire. C’est ce que tenta de faire le Troyen Nivet.
Manque de solutions vers l’avant, Martin isolé, lenteur de construction : quelques-unes des raisons de la latéralité du jeu lillois jusqu’ici.
- Couloirs mal exploités
Le 4-2-3-1 ne permet pas aux latéraux lillois d’évoluer aussi haut que le 4-3-3. Les décrochages simultanés de Mavuba et Balmont devant eux ont empêché Basa et Chedjou de s’écarter pour faire monter Debuchy et Digne. Lesquels, en partant de plus loin, n’ont pas pu exploiter l’espace laissé libre par Payet et Kalou, attirés vers l’axe. Ils se sont en outre retrouvés plus éloignés de leur ailier pour combiner. D’où une multitude de passes en retrait, à l’image d’un Digne prudent dans ses transmissions.
Outre les latéraux, les ailiers lillois n’ont également pas été dans les meilleures dispositions en 4-2-3-1. Payet aime recevoir le ballon dans les pieds, entre les lignes. La présence d’un meneur de jeu avancé lui a fermé des espaces et a débouché sur du jeu trop petit. Au final, le LOSC a manqué à la fois de verticalité et de largeur. Les prestations décevantes d’un De Melo hors du coup, après une fin de saison dernière prometteuse, n’arrangeant rien.

A gauche : en 4-2-3-1 face au BATE Borisov ; Balmont (n°4) et Mavuba (n°24) trop bas, Lille manque de relais dans l’entrejeu. Martin isolé. Le pressing n’est pas efficace faute de présence haute dans le camp adverse.
A droite : en 4-3-3 face à l’OL ; Mavuba décroche, deux relais au milieu. le LOSC retrouve liant, verticalité et percussion, notamment grâce à une relance fluidifée. Meilleur quadrillage du terrain et meilleur équilibre.
Les garanties du 4-3-3
Touché aux adducteurs face au BATE Borisov, Marvin Martin sera absent trois semaines. Un mal pour un bien ? L’indisponibilité de sa recrue ainsi qu’une remise en question nécessaire ont en tout cas conduit Rudi Garcia à revenir au 4-3-3, qui a si bien marché par le passé, face à Lyon. Un système qui, accompagné d’un état esprit plus conquérant, a rapidement affiché ses bienfaits :
- Plus de verticalité et de liant
- Plus d’espaces pour les attaquants
- Une meilleure stabilité défensive
- Plus de verticalité et de liant
Parce qu’ils ont leurs automatismes dans ce système, les Lillois ont mieux quadrillé le terrain en 4-3-3, ce qui a facilité leur relance. Contre Lyon, le seul Mavuba décrocha au niveau de sa défense. Basa et Chedjou s’écartèrent, Debuchy et Digne purent monter franchement dans le camp adverse et percuter. Au milieu, Pedretti et Gueye furent deux relais potentiels, pouvant chercher du jeu en triangle avec leurs latéraux.
À l’opposée de son début de saison, le LOSC a ainsi retrouvé de la verticalité dans son jeu, dimanche soir. Moins d’échanges stériles entre défenseurs et milieux. Plus d’efficacité et de passes vers l’avant. La qualité du jeu long de Pedretti permit de chercher la profondeur, exploitée par la mobilité d’un Roux inspiré. Le volume de jeu de Gueye offrit un soutien venu de l’arrière aux attaquants. Lille était mieux équilibré.
- Plus d’espaces pour les attaquants
Avec un triangle orienté différemment, Mavuba en constituant la pointe reculée, le trio offensif lillois a disposé d’espaces. Payet a su se rendre disponible entre les lignes. Outre ses appels dans la profondeur, Roux a aussi décroché et combiné avec l’ancien Stéphanois. Mendes a lui surtout fait la différence par sa vitesse dans le couloir droit.
Parce que ses canaux de relance étaient simplifiés, plus cohérents, et que ses attaquants disposaient de plus d’espaces pour s’exprimer, Lille a retrouvé de la verticalité. Les situations de contre ont été nombreuses contre l’OL, même si rarement poussées jusqu’à leur terme. Une percussion retrouvée.
- Meilleure stabilité défensive
Avec un trio au profil plus travailleur dans l’entrejeu, Lille a retrouvé ce qui faisait sa force : un pressing féroce sur le porteur de balle. Cela a causé de nombreuses erreurs de relance lyonnaises. Pedretti et Gueye allèrent chercher Gonalons et Mvuemba haut, Mavuba colmatant les brèches devant la défense. Ce qui rendit plus cohérent le pressing collectif, avec plus de présence dans le camp de l’OL. Auparavant, De Melo et Martin se retrouvaient souvent trop seuls pour être un premier rideau efficace.
Plus agressif dans le pressing, Lille a aussi laissé moins d’espaces au milieu, ce qui priva souvent Bisevac et Lovren de solutions. Pedretti a certes baissé de pied physiquement, ce qui ouvrit des brèches, notamment pour Lisandro, comme sur l’égalisation. Le tort de Rudi Garcia aura d’ailleurs été de trop tarder à remplacer l’ancien Auxerrois, préférant d’abord sortir Roux. Mais hormis le but et une grosse occasion de Lacazette quelques minutes plus tôt, la défense lilloise n’a pas été inquiétée.
Un retour durable ?
L’absence de Martin pour les trois semaines à venir devrait pousser Rudi Garcia à reconduire son 4-3-3. Car Lille a réalisé son meilleur match de la saison face à Lyon. Sans victoire à la clé, faute de réalisme et à cause de quinze secondes d’inattention. Mais les Dogues ont retrouvé percussion, vitesse et agressivité. Contraste saisissant avec leur prestation en Ligue des Champions, quatre jours plus tôt. De quoi ouvrir les perspectives d’un redressement dans les semaines qui viennent.
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Merci pour ce superbe article !
D’autres équipes utilisent les deux milieux défensifs du 4-2-3-1 en les faisant monter alternativement en possession de balle. Par exemple la Manschaft où l’on voit Khedira et Sweinsteiger monter alternativement et l’un se replace dans l’axe pour couvrir l’espace ouvert par l’autre qui monte.
Rudi Garcia doit connaître ce système, pourquoi Lille restait-il avec Mavuba et Balmont collés ensemble devant leurs défenseurs?
@Kicker : Question de profil simplement, ni l’un ni l’autre n’a les qualités de percussion et d’infiltration d’un Khedira. Si on a vu Balmont s’infiltrer parfois assez haut dans le camp adverse dans d’autres matchs, ce ne sont pas des joueurs ayant suffisament de créativité et de technicité pour apporter ce soutien plein axe à Martin.
En outre, il y a aussi le du Sandro-Dembélé à Tottenham qui marche bien en double pivot, mais on retiendra surtout un manque de préparation et de cohérence dans le recrutement de Rudi Garcia pour développer un tel système de jeu.