« Le Real Oviedo ne mourra jamais ! »

Tout proche de la faillite, le Real Oviedo a vécu un mois de novembre tourmenté. Retour sur les péripéties du club, symbole des difficultés financières actuelles du foot espagnol.

A World of Football accueille aujourd’hui Corentin Momont, étudiant français en Erasmus à Oviedo, qui a vécu sur place la mobilisation pour sauver le club des Asturies de la faillite.

Dans l’autonomie des Asturies, au nord-ouest de l’Espagne, le Sporting Gijon a capté l’attention médiatique depuis une dizaine d’années. Par la grâce de résultats prometteurs, ramenant le club rojiblanco à la Liga en 2008-2009, onze ans après son dernier passage au sein de l’élite. Mais aussi par la lente – et inaperçue – descente aux enfers de son voisin, le Real Oviedo.

Le club ovatense est considéré, à juste titre, comme un club historique du football espagnol. Une renommée issue de son expérience de l’élite – 38 saisons passées en Liga -, mais également de figures légendaires comme Sir Fred Pentland, entraîneur anglais de renom (1926-1927)1, ou Isidro Lángara, 257 buts en 197 rencontres lors de son passage au club (1930-1936 puis 1946-1948). Mais depuis le passage au XXIe siècle, le Real Oviedo vit la période la plus noire de son histoire.

Le stade Carlos Tartiere (30 500 places), inauguré le 20 septembre 2000. | Photo Corentin Momont

Descentes sportive et administrative

Saison 2000-2001. Bien que porté par des supporters de plus en plus nombreux, notamment grâce à l’inauguration du nouveau stade Carlos Tartiere (du nom du premier président du club), Oviedo est à la peine. Le retour de Radomir Antić à la tête de l’équipe n’a pas les effets escomptés. Bien qu’éloigné de la zone rouge tout au long du championnat, le Real Oviedo est relégué à la dernière journée, conséquence d’une cruelle défaite face à Majorque (2-4).

LUCIEN OWONA, DU PSG À OVIEDO

Dans un effectif en grande majorité espagnole, Lucien Owona (22 ans) fait figure de cadre au Real Oviedo. Le latéral droit camerounais, arrivé en Asturies en 2010, s’est rapidement imposé comme un titulaire indiscutable grâce à son calme, son sang-froid et son apport offensif.
Le natif de Douala, passé par la Camrail Sports Academy à 15 ans, pouvait toutefois espérer mieux. Il y a trois saisons encore, il figurait parmi l’équipe réserve du Paris Saint-Germain. Le deal devait aboutir, après un an, à la signature d’un contrat professionnel et une progression par paliers vers l’équipe première.
Mais la difficulté d’adaptation du joueur, ainsi que des mésententes avec son entraîneur, Bertrand Rezeau, le poussèrent à faire ses valises plus tôt que prévu. Oublié par le monde professionnel, il trouva alors, avec le Real Oviedo, le club idoine pour lancer sa carrière.

Cette descente porte un sacré coup aux finances du club, la direction ayant planifié un maintien tranquille. Oviedo se doit de remonter rapidement afin de s’épargner toute pression économique. Mais après deux saisons passées en Segunda División, le Real est de nouveau relégué.

Éclate alors un énorme scandale dans le club des Asturies. La situation financière, trop exiguë, rend impossible le paiement des joueurs, qui portent le club en justice pour impayés. Bien qu’un accord soit tout proche d’être trouvé avec la direction, Oviedo se retrouve relégué en Tercera División, quatrième échelon du football espagnol. La conséquence d’une gestion irresponsable d’Eugenio Prieto Alvarez, président durant quatorze ans, qui laisse le club avec une dette de plus de 40 millions d’euros en 2002.

En pleine tourmente, le Real Oviedo subit l’exode de tous les joueurs de l’équipe première. La mairie de la ville décide de délaisser le club, accordant la totalité de ses subventions au tout nouveau Oviedo Astur Club de Fútbol. Le départ du stade Carlos Tartiere est même fortement envisagée. Le Real est tout proche de la disparition.

Finalement, la municipalité fait marche arrière, convaincue par l’engouement populaire qui renaît autour du club en 2004. Mais depuis, celui-ci est toujours aussi mal géré. Pas moins de trois entraîneurs dirigent l’équipe au cours de la saison 2006-2007, créant une totale incompréhension chez les joueurs et les supporters.

Les finances ne vont pas mieux non plus. Les ouvertures de capital se succèdent, sans effet. Conséquence logique : le Real Oviedo joue sa survie en Segunda B (troisième division).

Mobilisation internationale

Dos au mur à l’aube de cette saison, le club a jusqu’au 17 novembre pour réunir près de deux millions d’euros et éviter sa dissolution. La direction du club ouvre de nouveau son capital, avec la vente d’actions à 10,75 € l’unité.

Sensibilisés, les supporters lancent une grande campagne de soutien, bien aidés par l’impact des forums et réseaux sociaux. Emilio, supporter du club depuis plus de vingt ans, témoigne :

« Nous ne pouvions pas rester les bras croisés. Ce club est notre seconde famille, il est inconcevable pour nous de le voir disparaître. »

Le journaliste anglais du Guardian Sid Lowe, amoureux de la ville pour y avoir passé un séjour Erasmus, se charge de relayer l’appel à l’aide à l’international et se porte également acquéreur de plus d’une centaine d’actions.

L’engouement est considérable et les messages de soutien venus du monde entier se succèdent. De nombreux anonymes, supporters ou non, donnent un peu de leur argent pour sauver le club.

Pour le Russe Yaroslav, c’est « en souvenir de Viktor Onopko », un ancien joueur d’Oviedo, qu’il a acheté des actions.

Le Finlandais Makro veut pour sa part « maintenir ce club légendaire en vie ».

La situation mobilise également les acteurs du football professionnel. Formés au club, Mata, Adrian, Michu et Cazorla achètent des parts, tout comme Raúl et Guillermo Ochoa. Pourtant anonyme aux Asturies, le gardien mexicain d’Ajaccio a considéré ce geste comme « important et nécessaire ». Le Real Madrid verse également un chèque de 100 000 euros pour aider au sauvetage du club ovatense. Mais malgré l’ampleur que prend la campagne, il manque encore environ 1,2 million d’euros une semaine avant la date butoir.

C’est dans ce contexte incertain que le Real Oviedo reçoit l’équipe C du Real Madrid, dimanche 11 novembre. Une nouvelle occasion pour les supporters d’afficher leur soutien. Une heure avant la rencontre, 8 000 fans du club se réunissent pour manifester pacifiquement autour du stade Carlos Tartiere. Ils scandent : «  Nunca morirá » (« Le Real Oviedo ne mourra jamais »).

De nombreux messages sont diffusés dans l’enceinte. Un grand tifo « SOS Real Oviedo » est déployé quelques minutes avant le coup d’envoi, ainsi qu’une banderole où figurent les traductions de « merci » en une dizaine de langues. Pour remercier les supporters, qui se sont déplacés en masse (20 500 !) en ce moment décisif, les joueurs arborent un t-shirt « Gracias, afición ! » (« Merci, public ! »).

Le match, riche en émotions, s’achève sur une victoire 1-0 d’Oviedo. Les supporters, comme José Luis, sont aux anges :

« Même en Liga, j’avais rarement vu un engouement pareil ! Malgré tous les moments difficiles que nous avons traversés, les supporters ont toujours été là. Ce qui se passe aujourd’hui est extraordinaire. Mais on ne sait toujours pas de quoi l’avenir sera fait. »

Car malgré le retentissement de ce « dimanche magique », selon les supporters d’Oviedo, le club n’a toujours aucune garantie quant à sa survie. Les jours passent, l’argent manque toujours. Les évènements organisés à la dernière minute pour réunir de nouveaux fonds n’ont pas le succès escompté. Le club s’achemine tout doucement vers sa disparition…

Oviedo (en bleu) a triomphé du Real Madrid (C) malgré le contexte difficile (1-0). | Photo Corentin Momont

Carlos Slim à la rescousse

C’est finalement un acteur totalement inattendu qui va s’immiscer dans le scénario : l’homme d’affaires mexicain Carlos Slim, l’homme le plus riche de la planète grâce à sa réussite dans le domaine des télécommunications. Il décide d’injecter, à la plus grande surprise, deux millions d’euros dans le club.

Déjà détenteur de parts dans des clubs mexicains, León et Pachuca, Slim a vu en la situation d’Oviedo une aubaine pour étendre ses activités. Cet investissement fait de lui l’actionnaire majoritaire du club, avec 34 % des parts. Et permet à toute une ville de souffler, en espérant des joueurs meilleurs. Mais Juan Carlos, abonné depuis trois saisons, reste prudent :

« On ne connaît pas ses intentions. On a hâte qu’il s’exprime pour nous dévoiler ses ambitions. On espère en tout cas qu’il n’a pas juste investi pour son image, mais qu’il a un réel projet pour le club. Des hommes qui dirigent pour leur intérêt personnel, on en a vus passer suffisamment par le passé. »

Partagés entre soulagement et incertitude, les supporters du Real Oviedo n’ont pas encore fini de douter.

Corentin Momont

1– Sir Fred Pentland a notamment largement contribué à la construction de l’identité de l’Athletic Bilbao au cours des années 20. Il a entraîné quatre clubs espagnols (Racing Santander, Athletic Bilbao, Atlético Madrid et Real Oviedo) entre 1920 et 1935.


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