Clubs hongrois : le décollage n’est pas pour maintenant

Discrets sur la scène européenne, les clubs hongrois souffrent de trop de lacunes pour espérer voir leur situation s’améliorer dans un futur proche.

7 décembre 2012. En s’inclinant au Sporting Lisbonne, Videoton dit adieu à l’Europa League. Le club basé à Székesfehérvár, ville du centre-ouest de Hongrie, termine troisième du groupe G. Un parcours honorable. D’autant que ces dernières décennies, les clubs hongrois ont plutôt brillé par leur incapacité à répondre aux exigences du football européen.

Seuls deux clubs, Ferencváros (1995-1996) et Debrecen (2009-2010), ont atteint les poules de la Ligue des Champions. Avec un bilan peu reluisant : une victoire, deux nuls et neuf défaites. La OTP Bank Liga ne pointe qu’au 29e rang UEFA. Son champion ne se qualifie que pour le premier tour préliminaire de la C1. Le dauphin et le vainqueur de la coupe nationale se retrouvent en Ligue Europa. Tomasz Mortimer, journaliste de Hungarian Football :

« Si l’on devait comparer avec l’Angleterre, les meilleures équipes sont du niveau du Championship (D2), et les moins bonnes de la 5e division. »

Pourtant, par le passé, la Hongrie a été plutôt bien représentée, avec trois demi-finales de C1 (Vasas Budapest en 1957-1958, Gyor en 1964-1965 et Ujpest en 1973-1974). En 1964, le MTK s’est hissé jusqu’en finale de la Coupe des Coupes, perdue face au Sporting (0-1). Un passé qui, comme pour l’équipe nationale, semble bien loin. Les clubs hongrois ne sont plus que des clubs de seconde zone en Europe.

Rivalité MTK – Ferencváros

Le football ne s’est pas développé de manière originale, en Hongrie. Dans un essai très complet sur les liens entre football et identité sociale en Hongrie, le sociologue du sport Miklós Hadas décrit de manière approfondie l’implantation du ballon rond dans le pays :

« Vers le début du XXe siècle, dans l’atmosphère festive du vingtième anniversaire de la fondation du pays, les clubs sportifs germaient. L’identification reposait sur des bases locales, chaque équipe étant rattachée à une ville, un quartier ou un secteur. Très vite, toutefois, d’autres connotations se sont ajoutées à ces éléments d’identité locale, formant un objet d’identification sociale collective. »

Tomasz Mortimer complète :

« Les principaux clubs sont issus de la classe ouvrière ou de mouvements politiques. Ferencváros est un club nationaliste, alors que MTK a des origines juives. Le Honvéd est le club de l’armée, alors que Debrecen est celui de la compagnie de chemins de fer. »

Les premières années du championnat hongrois, lancé en 1901 en même temps que la fédération nationale, furent marquées par la rivalité féroce entre le MTK et Ferencváros, qui se partagèrent les titres entre 1903 et 1929. Une sorte de symbole de la lutte entre juifs et germanophones pour l’assimilation. Une opposition de styles et de cultures.

- Ferencváros, fondé en 1899, est le club le plus titré du pays (28). Il est basé dans le neuvième district de Budapest, un quartier principalement habité par des travailleurs et la petite classe moyenne. « Il y a une dualité particulière de l’origine sociale des fondateurs et de leurs aspirations, explique le sociologue Miklós Hadas. Il y a un mélange particulier de patriotisme local et d’universalisme, d’exclusivité et de démocratie. »
Le surnom du club, « Fradi », est une référence au quartier germanophone Franzstadt.
Réputé pour un jeu physique, individualiste et direct, « Fradi » domina les années 1900, remportant huit titres entre 1903 et 1913.

- Le MTK Budapest a été fondé en 1888 par un juif bourgeois, Alfréd Brüll. « Les fondateurs juifs libéraux, du centre de Budapest, principalement des hommes d’affaires et des professionnels, souhaitaient mettre en place un club dans lequel  »tout le monde, sans discrimination, avait une chance de faire les derniers sports en vogue à un haut niveau » », explique le sociologue Miklós Hadas. Inspiré de l’école écossaire, le jeu du MTK était élégant, réfléchi et collectif, basé sur un jeu de passes au sol. Le club domina sans partage le championnat entre 1914 et 1925, avec dix sacres.

Ujpest, un autre club de la capitale, se hissa au niveau des deux cadors dans les années 30. Il s’imposa comme le club de l’après-guerre jusqu’à l’éclosion du Honvéd Budapest de Ferenc Puskás, avant de redevenir maître dans les années 70, avec sept titres consécutifs entre 1969 et 1975.

La fin de l’hégémonie de Budapest

C’est l’hégémonie historique de Budapest qui caractérise le mieux le Nemzeti Bajnokság I. 97 titres sur 110. Seuls douze équipes hors de la capitale ont été sacrées championnes de Hongrie. Ferencváros, Ujpest, Honvéd et MTK furent les plus gros pourvoyeurs de talents de l’équipe nationale. Mais cette domination n’a plus cours depuis le passage au XXIe siècle.

STATS

Equipes les plus titrées : Ferencváros (28), MTK (23), Ujpest (21)
Coupe de Hongrie : Ferencváros (20)
Record de saisons dans l’élite : Ferencváros (108)
Record d’apparitions : Zoltán Végh (569)

La faute, d’abord, à la crise économique qui a frappé le football hongrois depuis la chute du régime communiste. Jusque-là portés par les subventions publiques, les gros clubs du pays se sont retrouvés en banqueroute. Ce fut le cas récemment de Ferencváros, relégué administrativement en deuxième division en 2006, avant de ne retrouver l’élite qu’en 2009.

En cause également : la mauvaise gestion de certains dirigeants. Dans son projet décennal intitulé « 2010-2020 : la décennie du renouveau », retiré de son site récemment, la fédération hongroise dénonçait un « management souvent opaque ».

Ce fut le cas au MTK Budapest. Le deuxième club le plus titré du pays (23), autrefois entraîné par le précurseur Jimmy Hogan et pour lequel a joué le génial Nándor Hidegkuti, a été relégué en 2011, trois ans après son dernier sacre. La faute à une politique privilégiant le profit économique à la compétitivité sportive. Le MTK est de retour en NBI cette saison.

Ce sont deux clubs hors Budapest qui tirent le mieux leur épingle du jeu en ce moment. Des clubs où les jeunes Hongrois ont leur chance et qui ont trouvé un bon équilibre financier, notamment grâce à l’implication des collectivités locales. Au premier rang desquels Debrecen, sextuple champion entre 2005 et 2012. Un club formateur, qui a dernièrement sorti Balázs Dzsudzsák, l’une des stars de la sélection.

L’exode

Reste que pour être compétitif sur la scène européenne, il faut être en mesure de garder ses meilleurs éléments. Ce qui n’est pas le cas des clubs hongrois, confrontés à l’exode précoce de leurs meilleurs espoirs depuis l’arrêt Bosman. En cause, notamment :

- La faiblesse des infrastructures de formation ;
- Le manque d’argent ;
- Des entraîneurs mal formés.

Pour l’enrayer, la fédération dit vouloir suivre le modèle de l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas, où les jeunes ont leur chance.

Cette fuite des talents a plusieurs retombées néfastes sur le football magyar :

- Des joueurs partis trop tôt, incapables de répondre aux exigences des grands clubs européens, finissent dans des clubs secondaires, bien loin du rôle moteur auxquels ils pouvaient prétendre.
- L’obligation de faire appel à des étrangers pour compenser : depuis l’entrée de la Hongrie dans l’Union européenne, en 2004, il y a deux fois plus de joueurs étrangers en DBI, principalement venus des pays voisins (Slovaquie, Serbie, Roumanie) et d’Afrique.
- Un engouement moindre dans les stades, avec toutes les conséquences économiques que cela entraîne. Avec 2 800 spectateurs de moyenne en 2009, la Hongrie ne pointait qu’au 29e rang européen, tous championnats confondus. L’objectif de la fédération est de multiplier par trois ou quatre les affluences d’ici 2020.

Le peu d’engouement pour le championnat hongrois s’explique aussi par l’attrait des compétitions étrangères. Mais pour Tomasz Mortimer, l’absence d’amélioration est difficile à expliquer :

« C’est bizarre, mais personne n’a l’air de vouloir regarder les matchs de première division. Peut-être parce que le niveau est faible, mais le championnat s’améliore et les prix restent bas. C’est dur de savoir pourquoi les affluences sont aussi mauvaises. »

La qualité précaire des infrastructures est un facteur. Pour y remédier, la fédération hongroise prévoit de multiplier par plus de deux les investissements dans ce domaine sur la décennie 2010-2020 par rapport à la précédente, de 119,4 milliards de HUF (420 millions d’euros) à 255,8 milliards (900 millions d’euros).

Autres pistes : résoudre les problèmes d’insécurité aux abords des stades, de racisme dans les tribunes et de soupçons de matchs truqués. « On parle de 50 % de joueurs impliqués », déplore le sociologue Tamás Dóczi.

Progrès visibles

La situation difficile du football de clubs en Hongrie n’empêche pas l’optimisme de certains observateurs. Tomasz Mortimer a ainsi remarqué une « professionnalisation ». Le projet décennal mené par la fédération va dans le sens d’un approfondissement. À condition de dépasser le simple stade des intentions. Pour que le réveil constaté ces derniers temps ne soit pas sans suite.

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