FIFA Ballon d’Or 2012 – Le vote des continents

Comment ont voté l’Afrique, l’Amérique, l’Asie, l’Europe et l’Océanie ? Peut-on en tirer des conclusions sur les attitudes de vote ? Réponses en chiffres.

Il y a plusieurs manières d’aborder l’électorat du Ballon d’Or. L’approche corporatiste, d’abord, qui divise le jury en fonction du rôle des votants (capitaines, sélectionneurs, journalistes), comme le fait la FIFA dans le classement final publié. Chaque corps électoral sera d’ailleurs passé au crible dans le prochain article. L’approche géographique, ensuite, qui répartit les votants en fonction du continent. Cette dernière est omise par l’instance internationale.

Pourtant, des comportements de vote et des tendances ressortent chaque année, qui confirment que le Ballon d’Or est parfois une question de subjectivité. Il faut toutefois tenir compte d’un biais de cette approche géographique, qui concerne uniquement au jury des sélectionneurs : la présence de techniciens étrangers à la tête d’équipes nationales. Les entraîneurs européens, notamment, sont très présents en Afrique et peuvent infléchir, par leur culture différente, le résultat du vote. De quoi renforcer encore un peu l’européocentrisme du Ballon d’Or.

Le poids de chaque continent dans le vote

Même si l’Europe reste, comme l’année dernière, le continent qui pèse le plus dans l’élection du Ballon d’Or (30,6 % des voix en 2012), la répartition s’est très légèrement rééquilibrée. L’influence de l’Afrique (de 23,2 % à 25,4 %) et de l’Asie (de 19,4 % à 20,4 %) a augmenté, à l’inverse de celle du Vieux continent (33,9 % en 2011). Le poids de l’Océanie reste stable et négligeable (autour de 5 %).

Deux facteurs peuvent expliquer une évolution du poids de chaque continent :
- L’arrivée de nouveaux membres à la FIFA, comme le Soudan du Sud, admis en mai 2012.
- Des votes invalides ou non envoyés (1).

Le vote africain

Comme chaque année, l’Afrique a mis en avant ses rares représentants nominés, sans toutefois complètement bouleverser la hiérarchie. Ce fut Eto’o en 2011, ce sont Drogba (4e) et Yaya Touré (6e) en 2012. L’attaquant, qui a conduit Chelsea au sacre en Ligue des Champions, a d’ailleurs récolté 60 % de son total en Afrique. Le vote africain pèse par ailleurs pour 28 % du total de Cristiano Ronaldo, dont il est le deuxième plus gros pourvoyeur de voix après l’Europe (29,8 %).

Le Parisien Zlatan Ibrahimovic a lui été plus cité en Afrique (39,7 % de son total) que partout ailleurs. A noter que, comme en 2011, Karim Benzema y a obtenu l’intégralité de ses votes, grâce cette fois au capitaine algérien Magid Bougherra, qui l’a nommé en première position.

Le vote américain

C’est en Amérique que Lionel Messi a été le plus plébiscité, avec 45,3 % des votes du continent. Mais en raison du poids supérieur de l’Europe dans le scrutin, cela ne représente que 22,2 % du total de l’Argentin (deuxième principal fournisseur, 28,3 % pour l’Europe). Comme pour Drogba en Afrique, le Colombien Falcao a terminé au pied du podium du vote américain, qui pèse pour 36,5 % de son total (contre 37,1 % pour le vote européen). Enfin, et c’est plutôt inhabituel : Xabi Alonso, un Européen, a obtenu 54 % de ses voix en Amérique.

Le vote asiatique

Le podium asiatique est réparti pratiquement dans les mêmes proportions que le classement final. L’Asie est d’ailleurs particulièrement représentative du vote moyen, avec un seul joueur différent entre le top 10 asiatique et le top 10 général (ici Busquets, qui y obtient presque l’intégralité de ses voix, plutôt que van Persie).

Le vote européen

Par son poids (près d’un tiers des votes), l’Europe est centrale dans l’élection du Ballon d’Or. Le Vieux continent n’a pas voté pour un podium original, mais il compte pour une large partie du total de plusieurs de ses représentants. Pour Iniesta, d’abord, qui y a recueilli 36,4 % de son total. De même pour Xavi (38,2 %). La proportion est encore plus grande pour Pirlo (51 %), dont la discrétion lui coûte certainement en aura sur les autres continents.

Par ailleurs, l’Europe est le continent qui a le plus voté pour les trois gardiens nominés (4,6 % des voix). Buffon en tire d’ailleurs 87,5 % de son total. Enfin, Neymar n’a pas encore convaincu les votants européens : l’attaquant brésilien n’a recueilli aucun suffrage en Europe, seul continent à n’avoir pas voté pour lui.

Le vote océanien

Le poids de l’Océanie est faible et les possibles fluctuations grandes, en raison du petit nombre de votants. Pour autant, le podium est le même qu’ailleurs. Seuls treize joueurs ont reçu des voix, mais le vote n’en reste pas moins plutôt cohérent. De quoi remettre en cause l’argumentaire méprisant la légitimité des votes de Papouasie Nouvelle-Guinée ou des Samoa.

Conclusions

Trois grandes conclusions ressortent du vote des différents continents :

- Le podium est le même partout. La légitimité du trio finaliste est incontestable. Malgré les différences culturelles, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo et Andres Iniesta ont séduit autant en Afrique qu’en Asie ou en Amérique. Un signe de plus de la mondialisation du football, mais aussi de l’uniformisation de la vision sur le football. L’internationalisation des diffusions télévisées permet de regarder des matchs joués à l’autre bout du monde. Et ainsi aux meilleurs joueurs d’élargir leur sphère d’influence au-delà des frontières européennes et de celles de leur pays natal.

- L’existence d’une préférence continentale. L’Afrique vote plus pour les Africains, l’Europe pour les Européens, l’Amérique pour les Américains… Rien de bien surprenant à cela. La proximité géographique, ou en tout cas identitaire, permet une meilleure identification aux joueurs. La couverture médiatique met d’ailleurs en avant les joueurs nationaux, même s’ils évoluent à l’étranger. Le vote relativement homogène entre les différents continents, sur les premières places au moins, minore la portée de cette préférence continentale. Mais elle révèle l’existence d’une dimension culturelle du vote, et son caractère en partie subjectif.

- Le rôle central de l’exposition médiatique. Le cas de Falcao illustre le mieux cette affirmation. Le Colombien évolue dans un club (l’Atlético Madrid) moins exposé médiatiquement que le FC Barcelone ou le Real Madrid. Les Européens, par la proximité géographique, sont les mieux informés de ses performances, tout comme l’Amérique latine pour la proximité identitaire. Résultat : l’Europe et l’Amérique comptent pour 73,6 % du total des voix de Falcao. Si les médias ne font pas l’élection, les différents jurys ayant d’autres moyens pour décider de leur vote, ils ont un pouvoir d’influence considérable.

1- Le journaliste des Bahamas n’a ainsi pas transmis son vote.

Lire aussi :
L’élection en chiffres
Le vote des jurys

Retrouvez le dossier spécial statistique FIFA Ballon d’Or 2012.
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